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  • : Réagir : S'opposer activement à l'action de qqch, résister. La devise issue de la révolution française "Liberté, Egalité, Fraternité" étant de plus en plus mise à mal, ce blog est un moyen pour moi de faire partager mes réactions sur l'actualité politique, sociale, etc.
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24 août 2016 3 24 /08 /août /2016 07:24

Ce que Georges Séguy a fait de lui

PAR PATRICK APEL MULLER

MARDI, 16 AOÛT, 2016

L'HUMANITÉ

« L’important n’est pas ce qu’on fait de nous, mais ce que nous faisons nous-mêmes de ce que l’on a fait de nous », écrivait Jean-Paul Sartre. Et d’une jeunesse résistante, de l’enfer de la déportation, de la solidarité ouvrière, Georges Séguy a choisi de paver un chemin de combats. Il avait fait sien le serment des anciens de Mauthausen de poursuivre la lutte « pour l’édification d’un monde nouveau, libre et juste pour tous ». À coup sûr, celui qui dirigea la CGT au cœur des événements de 1968 restera comme l’un des syndicalistes majeurs de ce siècle, comme un dirigeant communiste de premier plan et l’un des animateurs les plus actifs du mouvement pacifiste. C’est déjà beaucoup pour un seul homme. Il le fit sans s’enfermer dans ses solides certitudes, mais en cherchant des pistes nouvelles, en nouant des dialogues bien au-delà de ses rives, en respectant ses interlocuteurs. Sa figure résiste à toutes les bassesses – venues des cercles du pouvoir comme des propagandistes du Medef – déversées ces derniers mois sur les syndicalistes. Son engagement et ses succès sont des encouragements pour ceux qui, dès la rentrée, vont reprendre la lutte contre la loi de régression sociale que le gouvernement a lancée contre le monde du travail.

Est-ce pour cela que les grands médias se sont efforcés de passer très vite sur sa disparition ? Un articulet dans Libération, quelques lignes dans le ­Parisien, treize secondes dans le journal du soir d’une chaîne publique… Parfois l’histoire passe sous ses yeux, mais cette presse-là est aveugle.

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22 août 2016 1 22 /08 /août /2016 22:52
Gouvernement et direction d'Air France, main dans la main pour licencier

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11 août 2016 4 11 /08 /août /2016 08:28
El Khomri ne respecte pas la décision de l'inspection du travail

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10 août 2016 3 10 /08 /août /2016 10:29

Sur France inter, plutôt le Front national que le Front populaire

 

 

Pendant l’été, les auditeurs de France inter peuvent, chaque midi, écouter « Le débat de midi », émission de près d’une heure animée par Thomas Chavineau. Les thèmes sont variés : « Obama a-t-il fait un bon président ? » (4 juillet) ; « Comment vivre avec la menace terroriste ? » (15 juillet) ; « La bisexualité est-elle passée dans les mœurs ? » (19 juillet) ; « Le Brexit peut-il sauver l’Europe ? » (20 juillet) ; etc. Pour chaque thème, l’émission reçoit plusieurs invités : journalistes, universitaires, responsables politiques ou associatifs, etc.

Ce lundi 8 août 2016, l’intitulé du « Débat de midi » était le suivant : « Que reste-t-il du Front populaire ? ». Quatre invités : François Reynaert (journaliste à L’Obs), Nicole Masson (historienne), Jean Vigreux (historien) et… Florian Philippot !

 

Le vice-président du Front national est donc le seul responsable politique invité à l’occasion d’une émission qui se propose de répondre à la question suivante  : « L’esprit du Front populaire anime-t-il toujours la vie politique française ? ». L’espace d’un instant, nous avons cru à une mauvaise plaisanterie. Car si nous ne sommes pas de ceux qui pensent qu’il faut bannir le Front national des antennes, y compris celles du service public, inviter un représentant de l’extrême-droite pour évoquer la mémoire et l’héritage du Front populaire est pour le moins surprenant, pour ne pas dire ahurissant.

Est-ce parce qu’aucun responsable politique de gauche, ou du Parti socialiste, n’était disponible ? Nous nous permettons d’en douter. S’agissait-il d’évoquer avec Florian Philippot les manifestations fascistes de février 1934, qui entrainèrent une riposte posant les jalons de l’union de la gauche qui débouchera deux ans plus tard sur la victoire électorale du Front populaire ? À l’écoute de l’émission, de toute évidence, non. Seule hypothèse crédible à nos yeux : certains journalistes du service public radiophonique ont attrapé un méchant coup de soleil.

Nous n’avons pas été les seuls à relever cette incongruité, et nombre d’internautes ont fait part de leur stupéfaction, voire de leur colère. Thomas Chavineau évoque à l’antenne ces messages, en lisant trois d’entre eux, de toute évidence choisis au hasard : « Tiens c’est Thomas Chauvineau le malade mental qui invite des fachos pour parler du Front populaire sur France inter » ; « En raison de la présence de Florian Philippot à France inter, l’émission de Thomas Chauvineau sera rebaptisée "Le Démon de midi" » ; « Faut-il être ignorant et opportuniste pour inviter un facho pour parler du Front populaire ? Thomas Chauvineau est ambitieux ou illettré ».

Tourner en dérision les critiques en choisissant les plus caricaturales d’entre elles est ici, comme bien souvent, un moyen commode d’éviter le débat de fond. Car cette invitation n’est malheureusement pas un incident, et participe d’un phénomène que nous avons déjà eu l’occasion d’analyser : la légitimation, par les grands médias, des discours et postures du FN, ici celle consistant à se poser comme le seul parti défendant réellement les intérêts du « peuple », quitte à surfer sur la confusion idéologique en se revendiquant d’intellectuels ou de dirigeants politiques n’ayant rien à voir, de près ou de loin, avec l’extrême-droite.

Car Thomas Chavineau, loin de contester cette posture, tend à lui apporter du crédit, en citant par exemple un tract du FN affirmant que « Léon Blum voterait Front national », ainsi que les fréquentes références à Jaurès chez plusieurs dirigeants frontistes. Tout juste évoquera-t-il timidement « une stratégie de communication évidente » de la part du FN, tout en laissant Florian Philippot développer tranquillement son discours consistant à se poser en héritier du Front populaire .

Le service public se muant en service après-vente des outrances du Front national ? Ainsi semble aller la vie médiatique dans la France de 2016.


Julien Salingue



Post-Scriptum. Nous ne pouvons nous empêcher de signaler ce lapsus du journaliste de France inter : « Est-ce que vous pensez sérieusement Florian Philippot que Léon Blum aurait voté le Front populaire… le Front euh… le Front national ? » Confusion, quand tu nous tiens…

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Published by jco - dans Médias
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8 août 2016 1 08 /08 /août /2016 17:32

Deux ans après le rachat de l'opérateur SFR par la maison-mère de Numericable, la casse sociale tant redoutée se précise. Pourtant, Patrick Drahi entérinait son engagement à ne procéder à "aucun licenciement collectif économique [...] pour une durée de 36 mois". Deux ans après ce rachat à 13,5 milliards d'euros, le discours a changé.

 

Depuis le rachat de SFR par Altice, la maison-mère de Numericable, Patrick Drahi est sur le devant de la scène. En effet, Numericable a absorbé le géant SFR, propulsant le dirigeant à la tête d'un nouveau titan des télécommunications. Pour financer ses nombreux rachats, l'entrepreneur cumule les dettes, actuellement 45 milliards d'euros. À titre d'exemple, le rachat du géant SFR le contraint à s'endetter à hauteur de 8 milliards d'euros environ. Mais Patrick Drahi n'en est plus à son coup d'essai. Il applique le même régime aux structures qu'il acquiert : rationalisation et recherche de bénéfices, étonnant ! Sous son giron, les entreprises débutent une cure d'amaigrissement en termes de dépenses. Et ça aboutit ... à des suppressions d'emplois.

 

Et il se trouve des syndicats, comme par hasard la CFDT et l'UNSA, pour signer cet accord de suppression. C'est dans la même logique que pour la Loi-travail. Comble d'ironie, la secrétaire de la Fédération CFDT de la communication, du conseil et de la culture, Isabelle Lejeune-Tô, a déclaré à l'AFP « Cela nous paraît aberrant de supprimer un tiers des effectifs ». Ah bon, mais alors pourquoi signer l'accord ?

 

J'émets le souhait que leurs dirigeants syndicaux et leurs adhérents chez SFR montrent l'exemple et soient les premiers à se déclarer partants.

 

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5 août 2016 5 05 /08 /août /2016 00:56

Au mois de juin, un rapport de l’ONU concluait à la responsabilité de la coalition armée menée par Riyad (capitale de l'Arabie saoudite) quant à la mort de 60 % des 785 enfants tués au Yémen en 2015. En raison de ces crimes de guerre, l'Arabie saoudite s'est trouvée ainsi inscrite sur la liste noire des gouvernements ne respectant pas les droits des enfants. Très irrité, Riyad et plusieurs de ses alliés ont fait pression sur l'ONU pour que le nom de l'Arabie saoudite soit retiré de cette "liste noire", menaçant sinon de réduire les financements saoudiens aux agences de l’ONU.

 

Et bien, que croyez vous qu'il arriva ?

 

Mardi dernier, Ban Ki-moon, secrétaire général de l’ONU, a confirmé le retrait de Riyad de cette liste noire. L’ambassadeur saoudien à l’ONU, Abdallah al-Mouallimi, a salué une « décision juste et courageuse », précisant au passage : « Ce retrait est irréversible, définitif et inconditionnel »… au cas où Ban Ki-moon ne l’aurait pas compris. 

 

 

Une fois encore le droit de l’argent a pris le pas sur les droits de l’homme. Les pétrodollars ont vraiment une sale odeur.

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3 août 2016 3 03 /08 /août /2016 00:18
Nuit Debout Niort pour la paix 6 au 9 août

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2 août 2016 2 02 /08 /août /2016 08:54

Ce jour-là, cette employée au magasin Auchan City à Tourcoing est en charge des caisses minute. « Une dame est passée en caisse et m’a demandé de soustraire deux paquets de pâtes sur les quatre de ses achats, ce que j’ai fait de mon pupitre », explique la salariée. « À mon insu, alors que je surveillais les opérations depuis mon écran et les six caisses du poste, elle a rajouté un article qui n’a pas été scanné. » Si cela a échappé à la caissière, cela n'a pas échappé par contre au service de sécurité du magasin qui a stoppé la cliente, lui demandant de s’expliquer et de régler la somme due : 0,85 €. L'employée a terminé son service normalement.

 

Mais le lundi suivant, quand elle s'est présentée à son poste « un agent de sécurité m’a directement conduite auprès du chef de service. Celui-ci m’a remis un courrier me stipulant une mise à pied conservatoire de onze jours. » Elle est alors convoquée à un entretien préalable au licenciement le 22 juillet. Convocation à laquelle elle ne répond pas : « J’étais bouleversée et mon médecin m’a mise en arrêt maladie », justifie celle qui apprend, le 28 juillet par courrier, son licenciement pour faute grave.


 

Près de deux semaines après les faits, c’est à l’Union locale CGT de Tourcoing que cette employée adhérente de la CGT prend la parole. Employée à temps partiel, cette maman de trois enfants accuse le coup et veut dénoncer ce qu’elle vit comme une injustice. « Elle a le sentiment d’avoir été licenciée pour 0,85 € », résume le délégué syndical du personnel. « S’il fallait dépanner le dimanche, j’y allais. Et je n’ai jamais posé un arrêt en cinq ans et demi », plaide cette femme de 41 ans.


 

« Une des plus grandes fortunes de ce pays, maître incontesté du patronat local, vient de plonger une famille très modeste dans une précarité encore plus grande  », commente la CGT qui sera à ses côtés pour contester ce licenciement infâme et pour exiger sa réintégration.


 

"L'erreur est humaine" est une maxime inconnue chez Auchan. Vous imaginez, 0,85€, ça fout les comptes en l'air. Le groupe Auchan reçoit chaque année une cinquantaine de millions d'euros d'aides publiques dans le cadre du CICE. Mais cette aide doit être insuffisante et ils ont du mal à joindre les deux bouts. Elle ne permet pas aux Mulliez ( propriétaires d'Auchan, Decathlon, Leroy-Merlin, Kiabi, Boulanger ou encore Norauto ) de payer leurs impôts normalement. Des perquisitions ont eu lieu en mai dans différentes propriétés du groupe Mulliez en France, en Belgique et au Luxembourg dans le cadre d'une information judiciaire pour soupçons de fraude fiscale et blanchiment de fraude fiscale.


 

Ils sont plus vigilants quant au comportement de leurs caissières. Ça fait penser au film "La Loi du marché" réalisé par Stéphane Brizé avec Vincent Lindon. Ce n'était pas qu'un film !

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31 juillet 2016 7 31 /07 /juillet /2016 22:11

Cette semaine, le Groupe automobile PSA a annoncé avoir multiplié par deux son bénéfice net au premier semestre 2016 à 1,21 milliard d'euros. C'est selon le groupe, le fruit d'une amélioration de sa rentabilité. Mais à quel prix pour les salariés ?

 

En octobre 2013, quatre syndicats avaient signé un accord de compétitivité mais pas la CGT ni la CFDT. Qualifié par PSA de "nouveau contrat social", ce texte exigeait des efforts en échange de garanties sur l'emploi : suppression des augmentations générales, baisse du taux de majoration des heures supplémentaires, plus grande flexibilité etc. Dans le même temps, le président du directoire de PSA voyait sa rémunération quasi doublée en 2015, passant de 2,75 millions d'euros en 2014 à 5,24 millions d'euros en 2015 alors que les salariés sont soumis à une modération salariale.

 

Mais c'est bien connu, les capitalistes n'en ont jamais assez. La direction de PSA vient de négocier un nouvel accord qui aggrave le "nouveau contrat social" de 2013. Les salariés n'auront que 0,45% d'augmentation annuelle, soit 5 euros net par mois pour un ouvrier. Cet accord baptisé "NEC" (Nouvel Élan pour la Croissance) vise à "l'augmentation de la marge de flexibilité" pour "mieux répondre aux variations des marchés" selon l'entreprise. Mais « c'est la poursuite du blocage des salaires, des contrats de travail de nuits partielles et des mutations forcées » selon la CGT. C'est pourquoi la CGT ne l'a pas signé puisqu'il aggrave encore le précédent. Bien sûr, Valls voit dans cet accord « l'esprit de la Loi Travail ».

 

« S'il y a des bénéfices, et des bénéfices en hausse, c'est uniquement pour les actionnaires. Ils sont en train de se goinfrer, ils vont se gaver encore de milliards » a réagi Jean-Pierre Mercier, délégué central CGT de PSA après l'annonce du bénéfice record. « Ces résultats c'était un secret de polichinelle au niveau de la direction », assure le syndicaliste. « On est en colère parce que cela ne l'a pas empêchée de vouloir nous imposer dès la rentrée un deuxième accord de compétitivité ».


 

Lors du journal de 13h sur France-Inter, le présentateur communiquait sur le bénéfice record de PSA après une période difficile et livrait la réaction du délégué central CGT de PSA. Mais comme pour tempérer les propos de ce dernier, il concluait le sujet en rappelant que « l'accord prévoit 1000 recrutements en France en CDI ». Comme si ces 1000 emplois positivaient un tel accord ! Mais c'est oublier que PSA en a supprimé 17000 en 3 ans et que 2500 départs en préretraite sont programmés.


 

Chez PSA, c'est toujours plus de flexibilité pour un "Nouvel Élan pour la Croissance" des bénéfices des actionnaires.


 


 

 

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27 juillet 2016 3 27 /07 /juillet /2016 21:33
Je vous invite à lire cet entretien réalisé par Pierre Chaillan pour L'Humanité. Je l'ai trouvé pour ma part très instructif dans l'analyse des événements dramatiques récents, mais également dans les préconisations concernant notre société. Oui " il y a la nécessité de réinventer la démocratie par l’humanisme, c’est-à-dire par la promotion de valeurs qui placent l’humain au centre des manières de gouverner. "
 
Le psychanalyste, initiateur de l’Appel des appels, souligne le besoin de rassurer face à cette tentative massive de déstabilisation par la « fabrique de la terreur », au travers de notre vie ordinaire par de nouveaux « théofascismes ». S’il faut prendre les mesures de protection et de vigilance, il insiste sur la nécessité de soigner la maladie, la guerre néolibérale du tous contre tous, et pas seulement de traiter le symptôme aussi horrible.
 
 

Après Nice et le 14 Juillet, les attaques dans les transports et dans un festival de musique en Allemagne, c’est maintenant l’église de Saint-Étienne-du-Rouvray, près de Rouen, comment réagissez-vous à ces deux dernières semaines de l’horreur ?

ROLAND GORI Mon sentiment est d’abord de la tristesse et de la sidération. Sans pour autant être étonné. Je suis triste car l’idée de personnes égorgées dans un moment de recueillement, d’espoir et de promesse est horrible et effrayant. Sidéré car c’est un choc. Il y a quelque chose qui rend les mots et tout ce que l’on peut dire bien en dessous de l’émotion que cela provoque. Mais je ne suis pas étonné et je l’ai déjà dit et écrit. Cette forme de djihadisme, qui est finalement une guerre extrême à l’Occident en général, et à l’Europe en particulier, considérée comme le ventre mou, fait partie d’une stratégie théorisée par Abou Moussab Al Souri. Fin 2004, il a appelé à une sorte de révolution mondiale islamiste de toutes les populations musulmanes contre les autres populations. C’est un appel à la guerre civile porté au niveau mondial. C’est une nouvelle stratégie à utiliser les autochtones pour frapper et à renverser les gouvernements libéraux en Europe ou plus tyranniques ailleurs, voire même ceux d’autres orientations musulmanes, que ce soient les chiites ou les Frères musulmans par exemple. Cette stratégie est mise en œuvre depuis plus de dix ans avec un certain nombre de succès dans la fabrique de la terreur.

 

En quoi consiste cette fabrique de la terreur ?

ROLAND GORI C’est le défi lancé à tous les gouvernements autour de la planète. C’est la fabrique de la terreur qui surgit de l’ordinaire, ce que le procureur Molins appelait le « terrorisme de proximité ». Je parlerais plutôt d’une espèce d’« ubérisation » des techniques de destruction, d’anéantissement et de terreur. N’importe qui peut se saisir de n’importe quel objet pouvant se transformer en arme de guerre. L’horreur peut surgir de n’importe quel point de la planète et n’importe quelle séquence de l’existence. La promenade des Anglais durant le feu d’artifice, les terrasses de café, les concerts, une église, etc. N’importe quel lieu dans sa banalité peut devenir scène de tragédie. C’est une manière de déstabiliser à la fois les citoyens et ceux qui les gouvernent. Vous allez sécuriser les synagogues, les églises, les mosquées, les lieux scolaires, les hôpitaux… Au final, on va tout sécuriser ! Et en même temps, rien ne peut l’être totalement puisque l’horreur peut surgir de n’importe quel point de la vie quotidienne. C’est cela la terreur ! La terreur n’est pas la même chose qu’une peur qui a un objet et qui mobilise une préparation pour y répondre. Quand on prend sa voiture, on peut avoir une disposition psychique de vigilance et de préparation à affronter un danger plus ou moins grand. Mais, là, ce qui est déstabilisant, c’est l’émergence d’une menace à n’importe quel moment du jour ou de la nuit, n’importe où, par n’importe qui et avec n’importe quoi. Il faut bien prendre toute la mesure que c’est un défi politique en général, lancé à la démocratie en particulier. Le défi lancé à une société de la marchandise et du spectacle.

 

Ces attentats nous pousseraient dans un agenda que nous ne contrôlons plus ?

ROLAND GORI On voit bien comment les médias et les politiques sont pris par une stratégie de l’émotion et de la réaction immédiate. On peut se demander jusqu’à quel point on ne tombe pas dans le piège tendu par Daech. Le président de la République, le premier ministre et le ministre de l’Intérieur doivent-ils tous se rendre sur la scène des tragédies ? Je n’ai pas de réponse toute faite, mais nous devons bien penser, réfléchir aux ripostes politiques à apporter à une situation de crise absolument tragique. Cette Star Academy de l’horreur est le moyen pour un certain nombre d’individus d’obtenir une reconnaissance sociale qu’ils n’avaient pas par ailleurs. Nous sommes confrontés à une logique d’information calquée sur celle du marché : l’Audimat. Il faudra prendre la peine d’y réfléchir et de savoir si c’est toujours la bonne mesure de faire de la publicité au meurtrier.

 

Dans ces meurtres de masse, la religion est convoquée par ces groupes terroristes, comment comprendre cette instrumentalisation ?

ROLAND GORI Dans mon livre l’Individu ingouvernable (1), j’ai appelé des « théofascismes » ces groupes terroristes qui veulent accomplir une révolution conservatrice internationale par une minorité agissante et sanglante que rien n’arrête. Ils n’ont aucune morale, ni aucune sensibilité. Au contraire, ils font l’éloge de la cruauté et de sa mise en spectacle. On a déjà connu cela. Cela s’appelait le fascisme. Quand je parle de « théofascismes », je ne fais pas appel à des formes particulières d’embrigadement mais je fais référence à ces mouvements révolutionnaires conservateurs qui apparaissent dans le « clair-obscur » d’une crise de civilisation, celle de la démocratie libérale. Face à une civilisation matérialiste qui se réclame des valeurs du commerce, de la finance, de la technique, de la raison pratique, tous les laissés-pour-compte de la planète cherchent des alternatives et ce, d’autant plus que les alternatives progressistes que pouvaient représenter le communisme, le socialisme, l’humanisme ont beaucoup de peine à se faire plébisciter par les peuples. On ne peut pas définir un profil type. Il n’y a pas que des populations opprimées qui vont dans les bras de Daech, pas que des jeunes de banlieue. Il y a aussi des convertis issus de la jeunesse de la classe moyenne ! Par contre, on peut définir les conditions d’émergence de ce type de mouvements qui pour moi rappellent étrangement les mouvements nationalistes, antisémites, populistes de la fin du XIXe siècle et les partis qui se sont constitués dans l’entre-deux-guerres. Comparaison n’est pas raison. C’est une analogie. Dans les trois cas des crimes fascistes ou nazis, des pogroms antisémites ou des crimes de ces sectes sanguinaires, il y a quelque chose de commun : ce sont des crises des valeurs et pratiques libérales. Je ne crois pas que le ressort soit la religion. L’habillage religieux, la rhétorique jettent un sens, donnent une direction à des meurtres de masse qui sont déterminés par bien d’autres choses que le religieux voire l’idéologique. De la même façon que le nationalisme n’est pas forcément l’amour de la nation et de la patrie, le djihadisme n’est aujourd’hui pas forcément l’amour de l’islam.

 

La question qui se pose aujoud'hui, à ceux qui y croient et à ceux qui n’y croient pas, est de trouver ensemble une réponse progressiste et humaniste à cette terreur... Mais, comment faire ?

ROLAND GORI Nous sommes allés tellement loin dans le désenchantement du monde et dans la désacralisation de l’univers et des objets et êtres vivants qui nous entourent, que nous sommes maintenant face à la nudité d’une raison purement instrumentale. Le terrorisme tombe d’ailleurs lui aussi dans cette rationalité instrumentale puisqu’il fait feu de tout bois et ramasse tout pour nourrir son combustible de la terreur. Ils appartiennent bien à la même civilisation, notamment dans une certaine lucidité féroce dans la conception du monde actuel. Cette perte de sens de l’existence, de direction et de valeurs. Cette perte de morale et d’intelligence critique du monde est quand même ce qui nourrit aussi bien la guerre de tous contre tous sur le marché de la compétitivité et de la flexibilité, qui démolit les protections et qui favorise l’émergence de révolution conservatrice, qui en définitive fait partie de la même niche culturelle que la montée des extrêmes droites, des racismes, des nationalismes, etc. Nous avons perdu des raisons d’espérer. Or il faut redonner à la jeunesse des motifs d’espérer qui ne peuvent reposer que sur une promesse et une confiance. De ce point de vue, le politique est en panne. À mon avis, il y a la nécessité de réinventer la démocratie par l’humanisme, c’est-à-dire par la promotion de valeurs qui placent l’humain au centre des manières de gouverner. Montesquieu avait dit que le propre des dictatures et des tyrannies, c’est le gouvernement par la terreur. Le danger aujourd’hui est que les démocraties multiplient les mesures sécuritaires et en arrivent à perdre leur âme de liberté et de confiance. Après le pacte de stabilité, nous avons eu le pacte de sécurité. Je proposerai aujourd’hui le pacte d’humanité. La vision néolibérale de l’humain, la logique d’austérité, la financiarisation généralisée des activités humaines ont fabriqué ces monstres de Daech, du Front national et des extrêmes droites et racismes en Europe. Il faut tirer un trait sur le néolibéralisme, il faut établir son acte de décès. Il a accru les inégalités sociales, les divisions.

 

Quelles réponses peut-on apporter à ce défi ?

ROLAND GORI Il n’y a pas de réponses uniques. Il faut évidemment rassurer les populations devant le caractère de plus en plus sanglant. Le familier devient de plus en plus menaçant. Cette perte de stabilité intérieure peut conduire à la pire des catastrophes et à des réactions terribles de type raciste ou à des stratégies autoritaires. En même temps, on ne peut pas sous-estimer le besoin de protection, de sécurité, des populations. Ces mesures de vigilance sont insuffisantes. Elles traitent le symptôme mais ne traitent pas la maladie. Je le redis, c’est dans le clair-obscur de la crise du néolibéralisme que sont nés ces monstres. Il faut considérer que la sécurité c’est aussi ce que peut apporter notre environnement social, culturel, symbolique, matériel. Prenons un exemple. Je trouve terrible que l’état d’urgence ait été prolongé au même moment que passait quasiment sans réactions la loi El Khomri avec le 49-3. Avec cette loi, on a divisé, on a produit un dissensus dans l’opinion publique, on a créé un fossé entre le gouvernement et l’opinion publique. C’est une mesure d’insécurité. La sécurité, c’est aussi la protection sociale, la santé, l’éducation, la culture, la justice, etc. Quand j’entends l’opposition prôner le renforcement des mesures sécuritaires alors qu’ils ont diminué les effectifs de la fonction publique, je trouve qu’il y a quelque chose d’obscène. Cela fait partie justement de la société du spectacle, qui discrédite complètement la parole politique. De ce point de vue, il faut que le politique réhabilite sa parole. Cela passe par prendre des décisions, ce n’est pas de confier sa décision à des indicateurs quantitatifs de performance économique et financière ou de sondage d’opinions. Réhabiliter sa parole c’est avoir la capacité de prononcer une parole vraie, authentique, ce n’est pas simplement faire une déclaration à responsabilité limitée aux chaînes de télévision. Donner des raisons d’espérer, de penser l’avenir. « Vivre sans avenir, disait Camus, c’est vivre comme des chiens contre les murs. » Il faut rétablir « le langage de l’humanité ». Pour reprendre en le paraphrasant encore l’écrivain qui parlait de cette « éternelle confiance qui fait penser à un humain qu’il peut tirer d’un autre humain des relations d’humanité » à partir du moment où on lui parle « un langage d’humanité ». La culture a une grande importance, l’art et tout ce que l’on peut considérer comme religion laïque, au sens de relier les hommes entre eux. Quand ils ne sont pas reliés entre eux, ils sont dans un désert. Ils se retrouvent esseulés, désespérés, prêts à se jeter dans les bras de n’importe qui pour y trouver une identification. Être ensemble cela veut dire que l’on ne risque rien. On peut toujours rencontrer un fou qui vous tire dessus, un fanatique soi-disant religieux qui se fait exploser, mais la présence de l’autre nous rassure sur la manière d’être au monde. De ce point de vue, il y a vraiment toute la copie à revoir dans la manière de gouverner les humains. En Europe, nous avons la nécessité d’opérer ce que Stefan Zweig appelait « une désintoxication », de repenser l’Europe, non plus à partir d’un dispositif pour faire des affaires, mais en étant un lieu d’histoire, de culture partagée et de construire une « fraternité européenne », comme disait Victor Hugo en 1848. Seule une fraternité européenne pourra faire face au défi de la modernité.

 

D’aucuns ressortent le « choc des civilisations » et voudraient nous embarquer dans une guerre de religion ?

ROLAND GORI Je voudrais rappeler cette phrase extraordinaire de Sébastien Castellion que cite Zweig, ce protestant qui s’est opposé à Calvin à la suite du meurtre de Michel. Je cite cette référence pour dire qu’il n’y a pas que Daech. On peut avoir des groupes audacieux qui se revendiquent d’une doctrine ou d’un dogme pour pouvoir imposer la terreur à une ville ou à un pays, aujourd’hui au monde entier. Zweig reprend Castellion : « Tuer un homme n’est pas défendre une doctrine, tuer un homme c’est d’abord et avant tout un homicide. » Ce qui se produit aujourd’hui, ce ne sont pas des guerres de religion ou bien de civilisation. Nous sommes face à quelque chose de l’ordre du meurtre et ces meurtres ont un rapport étroit avec les passions nihilistes d’une époque qui a justement oublié les grandes valeurs de l’humanisme, valeurs de l’humanisme qui ne sont pas propres à l’Occident mais qui sont partagées par bien des cultures et des civilisations.

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