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Réagir : S'opposer activement à l'action de qqch, résister. La devise issue de la révolution française "Liberté, Egalité, Fraternité" étant de plus en plus mise à mal, ce blog est un moyen pour moi de faire partager mes réactions sur l'actualité politique, sociale, etc.

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Redécouvrir Keynes et le bolivarisme

Le premier grand sommet international pour tenter de juguler la grave crise économique et « refonder le capitalisme » à Washington le 15 novembre 2008 n’a pas été convoqué par l’Organisation des Nations unies, seule instance internationale légitime pour le faire, mais par le président sortant des États-Unis, M. George W. Bush, qui termine son double mandat calamiteux sur un échec encore plus terrible en laissant le monde en proie à la mère de toutes les crises. (…) D’autant que la crise actuelle, par son intensité, fournit l’occasion de transformer enfin l’architecture géo-économique et géopolitique du monde. Parce que les séismes qui ont secoué les Bourses et les banques durant les récents « septembre et octobre noirs » ont précipité la fin d’une ère du capitalisme. Le système financier international a été très violemment ébranlé. Plus rien ne sera comme avant. L’État revient. (…)

La classe politique américaine porte la principale responsabilité. Parce que, au nom de croyances idéologiques, elle a autorisé les banques à travailler dans des conditions de liberté absolue. La doctrine du marché infaillible s’est autodétruite. En revanche, le modèle des pays qui ont maintenu un certain type de contrôle des changes (Chine, Venezuela par exemple) est désormais revendiqué. Et même si l’impact de la crise se fait sentir sur toute la planète, les économies n’ayant pas adhéré à la dérégulation ultralibérale s’en sortiront mieux. Il faut souligner, pour l’Amérique latine, l’intérêt de mécanismes comme l’Alternative bolivarienne pour les Amériques (ALBA), la Banque du Sud, ou l’idée d’une banque de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), récemment proposée par le président vénézuélien, Hugo Chavez. (…)

De nombreux gouvernements jettent par-dessus bord leurs convictions idéologiques et sont prêts à adopter des mesures qu’ils auraient eux-mêmes qualifiées d’hérétiques il y a peu. Certains exigent la suppression des paradis fiscaux. La plupart redécouvrent Keynes et annoncent des augmentations importantes de la dépense publique. Reniant sa doctrine, le FMI lui-même réclame des interventions publiques plus massives. (…) La crise est un grand malheur, mais, tel un effet de levier, elle peut fournir aussi une occasion historique de faire naître un monde nouveau. Un monde où les citoyens seront définitivement préservés contre d’autres krachs boursiers et d’autres catastrophes financières. C’est pourquoi le G20 n’est pas du tout suffisant. Il n’est pas acceptable que des États démocratiques qui conduisent actuellement de grandes réformes en faveur du progrès social (comme, par exemple, le Venezuela, la Bolivie et l’Équateur) en soient absents.

 

De surcroît, une telle réunion « refondatrice » n’a pas de sens si les six milliards et demi d’habitants de la Terre n’y ont pas la parole. Le puissant mouvement social qui, depuis la création d’ATTAC (1997), la bataille de Seattle (1999) et le lancement de Forum social mondial (2001), s’est levé sur l’ensemble de la planète y a son mot à dire. Principales victimes de la crise, les citoyens, par le biais de leurs associations, ONG et syndicats, ont des solutions concrètes à proposer. Pour construire enfin un monde meilleur.



Par Ignacio Ramonet, président de l’association Mémoire des luttes.
Texte paru dans l'Humanité des Débats du 15 novembre

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