Goodyear-Dunlop à Amiens, c'est deux usines, celle
d’Amiens-Sud (ex-Dunlop) et celle d’Amiens-Nord (ex-Goodyear) qui appartiennent au même groupe et y emploient
2700 salariés. En 2007, la direction faisait peser des menaces sur l'emploi. En 2008, la direction voulant réorganiser
le travail en 4 x 8, le directeur, David Gomez, a
clairement dissocié les deux entreprises. Dans le cadre de la négociation sur les contreparties salariales du passage aux 4 × 8, il a proposé 220 euros d’augmentation mensuels aux salariés de Dunlop
contre seulement 160 à 190 euros à ceux de Goodyear. Il a précisé : « Si l’usine d’Amiens-Sud (ex-Dunlop) est prête à signer un accord et que l’usine d’Amiens-Nord (ex-Goodyear) ne
l’est pas, je recommanderais à notre groupe d’aider Amiens-Sud et d’abandonner l’idée du complexe » - autrement dit fermer le site de Goodyear. Diviser pour mieux régner.
Cette situation a attisé les tensions au point que les syndicats CGT des deux établissements ont des appréciations
différentes.
Les syndicats de l'usine d'Amiens Nord ont refusé de signer cet accord de
réorganisation du travail en 4x8. Cette signature conditionnait la mise en oeuvre d'un plan d'investissement de 52
millions d'euros entre 2008 et 2011 sur les deux sites, mais qui aurait quand même entraîné la suppression de 500 emplois sur trois ans sans licenciement. Dans un communiqué, la direction "regrette de ne pas avoir pu mettre en oeuvre la totalité du projet de création d'un complexe moderne et compétitif à Amiens, du
fait de la non-signature de l'accord à Amiens Nord", elle poursuit en indiquant que "le site
d'Amiens Sud a su sauvegarder son avenir, en signant l'accord le 17 mars dernier, ce qui permet de mettre en place le projet de modernisation sur ce site et de recevoir notamment 25,7 millions
d'euros". Par contre, "le projet de plan consiste à réduire la production journalière de pneumatiques
tourisme de 38% en 2008 et se traduira par la suppression, à compter du mois de septembre 2008, de 402 postes permanents" au sein de l'usine d'Amiens Nord.
Quand la présentatrice d'un JT (F Laborde) cite l'exemple de Bosch où en 2004 les salariés avaient accepté de renoncer aux 35h sans
compensation salariale, et qu'aujourd'hui les ouvriers ne le regrettent pas, c'est son point de vue. Que disent les deux témoignages de salariés présentés ensuite ? "Travailler plus
sans gagner plus , financièrement on a été touché, mais bon ... on sait en tirant le bilan économique que ça n'a pas été fait pour rien" et un autre très explicite, "Bosch gagnait de
l'argent, il gagne de plus en plus d'argent, il voulait gagner plus ils ont eu raison, ils ont tenté un coup de jackpot, le coup du chantage, ils ont gagné".
C'est quoi l'objectif de l'entreprise, gagner plus, toujours plus. La direction de Goodyear se justifie "Compte tenu de la baisse du marché des pneumatiques tourisme à faible valeur
ajoutée en Europe de l'Ouest, de la non-compétitivité des ces productions de pneus tourisme à Amiens Nord et en l'absence de possibilité de mise en oeuvre du projet de modernisation,
Goodyear Dunlop est contraint d'envisager sur le site d'Amiens Nord des baisses importantes de production à court terme".
Tout ça, ça s'appelle du chantage, et c'est étrange de trouver plus de monde à fustiger et critiquer à tour de
bras l’immoralité des syndicats qui veulent se battre, plutôt que de s'opposer avec eux à la remise en cause des acquis sociaux
menée par le gouvernement et le Medef.