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31 janvier 2010 7 31 /01 /janvier /2010 08:10
Ce texte paru dans l'Humanité du 18 janvier est signé Luiz Inacio Lula da Silva, Président de la République Fédérative du Brésil (*)

Notre leader minimo Sarkozy et son tapis-brosse Besson devraient réfléchir aux propos du président Lula. Il y  dénonce les discriminations et la répression contre l’immigration.


C’est la dimension humaine qui doit servir de socle à l’union des peuples. Les hommes se sont rapprochés et ont prospéré à partir du moment où les pays ont réduit les barrières liées aux distances géographiques, et où ils ont pu mieux se connaître. Il s’agit d’un patrimoine extrêmement important dans un monde où coexistent la mondialisation et les particularités locales. C’est là un élément positif des relations internationales qu’il nous faut préserver et consolider. Pour les Brésiliens, l’immigration revêt un sens tout particulier. Le Brésil doit sa formation en tant que peuple et nation à un riche processus de métissage entre les nombreuses populations qui s’y sont installées, portées par un espoir, celui d’une vie meilleure. Aux peuples indiens, premiers habitants de nos terres, sont venus s’ajouter, entre autres, des Portugais, des Espagnols, des Italiens, des Allemands, des Polonais, des Japonais, des Ukrainiens, des Latino-Américains de différents pays et, surtout, des Africains qui, arrachés à leur mère l’Afrique pour servir d’esclaves, ont constitué le fondement du peuple brésilien. Les Afro-Descendants forment aujourd’hui la population majoritaire au Brésil.


Nous sommes, de la sorte, une nation formée par les immigrants. Une nation qui montre dans la pratique combien les différences culturelles peuvent contribuer à bâtir une société qui recherche en permanence l’harmonie et se bat avec vigueur contre les discriminations et les préjugés. Nous sommes non seulement un « peuple de mélanges » mais, ce qui est plus important, nous aimons être un peuple de mélanges. Parce que nous savons que nous tirons de ce processus de rencontre entre les cultures et entre les populations notre identité, notre force, notre facilité au dialogue et notre ouverture à autrui, notre joie de vivre, notre créativité et notre talent.


C’est dans cet esprit que nous avons pris récemment des mesures pour faire en sorte que cet héritage puisse se perpétuer. Avec la loi 11.961 adoptée le 2 juillet 2009, les droits prévus dans notre législation ont été étendus aux immigrés en situation irrégulière au Brésil. Ces droits concernent plus particulièrement la liberté de circulation sur le territoire national et l’accès sans restriction à un travail rémunéré, à l’éducation, à la santé publique et à la justice. Il est bon de rappeler que la Constitution brésilienne elle-même, s’agissant des garanties et des droits fondamentaux, stipule que tous sont égaux devant la loi, qu’ils soient Brésiliens ou étrangers résidant au Brésil. Par le biais d’engagements entérinés dans divers accords internationaux, l’État brésilien reconnaît que les immigrés ont des droits et des devoirs qui doivent être respectés.


Le nouveau jalon posé par cette loi signifie que le Brésil se positionne chaque fois plus à la hauteur des réalités migratoires contemporaines, des conditions mondialisées du développement économique et social et du respect fondamental des droits de l’homme. Cette législation récente est également le fruit d’un vaste débat national impliquant différents secteurs de la société et les immigrés eux-mêmes, qui ont eu ainsi la possibilité de clarifier les problèmes auxquels ils font face et de proposer des solutions.


Je suis convaincu que l’harmonie entre les nations ne sera pas le produit de guerres et de conflits, de murs et de barrières érigés, mais bien de gestes de solidarité et de reconnaissance mutuelle. Le grand fossé creusé par l’inégalité dans la distribution des richesses entre les nations ne sera pas comblé avec des mesures discriminatoires et répressives à l’encontre de l’immigration. Ceux qui pensent et agissent de la sorte se trompent. La lutte pour la vie et la survie ira toujours au-delà de n’importe quelle mesure discriminatoire, lui ôtant toute efficacité. Il n’y a, au bout du compte, qu’un seul remède face à la peur de l’immigré et contre la xénophobie qui envahit de nos jours bon nombre de pays et de populations  : construire une nouvelle relation entre pays et nations qui mette un terme au protectionnisme vil ainsi qu’à l’exploitation criante lésant les pays pauvres, et encourager le développement autonome et durable de ces pays et de leurs populations. Dans la mesure où il devient impossible de vivre et de survivre dans ces pays, la seule issue est l’exode – la recherche de moyens de survie ailleurs, dans un autre lieu. C’est là une loi naturelle que personne, qu’aucune force sur cette Terre ne pourra entraver. J’ai moi-même vécu à titre personnel cette expérience  : ma mère a été obligée d’émigrer depuis une région brésilienne de grande sécheresse et d’extrême pauvreté à l’époque vers le grand centre industriel de Sâo Paulo  ; elle est partie les mains vides, n’emmenant que les vêtements qu’elle portait, mais aussi l’espoir de trouver de quoi survivre, et traînant avec elle ses sept enfants… Quelle mère, quel père, peut assister à la mort par inanition de ses enfants sans réagir, sans se battre, même si l’horizon lui semble bouché et lourd d’incertitudes  ?


Je me suis battu de toutes mes forces pour mettre sur pied la jonction des pays d’Amérique latine, de ceux de notre si chère Afrique et ceux de l’Asie… Je ne crois pas qu’il puisse y avoir de changements dans les relations Nord-Sud sans que se mette en place un grand processus unitaire, solidaire et combatif qui structure la force de ces pays et qui, en établissant un nouveau rapport de forces, permette de conquérir les droits et les conditions nécessaires au développement juste et durable de chaque pays sur la surface du globe.


Je rêve du jour où chaque être humain pourra vivre en paix et en dignité dans sa propre patrie, et où la libre circulation entre les peuples sera un choix personnel, un droit, et non une nécessité… Tant que ce rêve ne se réalise pas, le travail mené par des associations comme Emmaüs, de même qu’un livre (*) tel que celui-ci, aident grandement à éveiller les consciences et à mobiliser les forces nécessaires à la préservation de la dignité et des droits des immigrants, d’où qu’ils viennent et quel que soit le lieu où ils se trouvent.


(*) Ce point de vue (traduit du brésilien par Catherine Leterrier) préface l’ouvrage Visa pour le monde. Pour la libre circulation des migrants, que vient d’éditer Emmaüs International (Éditions de l’Atelier, 130 pages,15 euros). Nous remercions le président Lula, Emmaüs International et les Éditions de l’Atelier de nous autoriser à le publier.



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27 janvier 2010 3 27 /01 /janvier /2010 23:00
Interview de Jean Lavalasse, photographe et documentariste haïtien résidant à Bruxelles depuis le début des années 70. Il participera à une soirée de soutien à Haïti, le samedi 30 à Bruxelles (détails à la fin de l'interview) 
PAR MAUD BELLON pour Investig’Action – michelcollon.info

Comment qualifieriez-vous la situation avant le séisme qui a touché Haïti ce 12 janvier 2010 ?

La situation était simple, nous étions sous occupation… et ce, depuis que Jean Bernard Aristide fut expulsé vers l’Afrique du Sud. Le gouvernement de René Préval était censé être mis en place pour effectuer une transition démocratique après Aristide.  Mais nous avons connu trois impérialismes, ce que certains appelle l’IFAC : Impérialisme Français Américain Canadien. 

Le Canada est arrivé dans les années 80 grâce à la francophonie et à ce qu’on nomme l’intégration horizontale : faire venir, dans un premier temps, les femmes et les enfants dans le pays pour pouvoir s’y installer plus tard. La France, elle, est très présente au travers des ONG. D’ailleurs, sous le gouvernement de l’ex 1er ministre Michèle Pierre Louis, Haïti était gouverné par les ONG ! Mme Pierre Louis collaborait grandement avec George Soros, que nous connaissons maintenant comme étant le grand magnat des finances et des ONG. Préval a voulu contrôler le pays en faisant des accords tacites avec la République Dominicaine, accords dont personne ne connait vraiment le fond.

Le 22 février 2006, Gérard Latortue, ancien 1er ministre d’Haïti, a signé un accord qui énonce clairement la mise sous tutelle onusienne du pays. Cet accord stipule que chaque accord pris antérieurement et qui serait en contradiction avec le fonctionnement de la MINUSTAH sera « corrigé » parce que caduc.[1]

Le 9 mai 2007, après une rencontre entre George W. Bush et René Préval, le désir sous-jacent d’autonomie a été presque totalement entériné. Durant cette rencontre, Bush a dit que les rapprochements entre Haïti et l’ALBA[2] devaient être avortés et que les Etats-Unis sont « les seuls amis d’Haïti ». Préval, en bon domestique, a pratiquement cessé d’apparaitre aux réunions de l’ALBA.  Lors d’une entrevue avec Hugo Chavez, Jose Maria Aznar a même confié qu’il fallait « oublier Haïti ».

Quant au Brésil, il a un rôle capital, déjà tracé par Reagan en 1980 dans son Plan. En effet, il prévoyait que l’Allemagne s’occuperait de l’Europe, le Japon de l’Asie, l’Afrique du Sud de l’Afrique et le Brésil de l’Amérique Latine. Lula n’est que très peu progressiste donc il entretient de bonnes relations avec les Etats-Unis. Il n’a jamais été là pour aider Haïti, il n’a fait que poser les jalons pour préparer l’occupation des 3 roches.[3] 

Maintenant, le pays est contrôlé par Barack Obama, lui-même secondé par Bill Clinton et George W. Bush…

(Rire) On a cru, surtout chez les « Noiristes », que parce que Barack Obama était noir, il allait changer les choses. Mais il ne faut pas oublier que c’est Colin Powell, un autre Noir, qui a fait arrêter Aristide. De plus, depuis des années, de nombreuses personnes se demandaient si Haïti pouvait devenir le Porto Rico ou le Taiwan des Caraïbes. La question est : dans quel sens ? Puisque Porto Rico lutte pour son indépendance et pour retirer son étoile du drapeau américain. François Duvalier a toujours dit qu’il fallait lutter comme pour la Martinique et la Guadeloupe. D’ailleurs, en ce qui concerne la Guadeloupe, les Etatsuniens ont compris que la France avait gagné une petite bataille. Pour faire face il faut donc qu’ils ternissent un peu l’image d’Haïti et démantelent le désir de libération. Obama, lui, est un produit, l’homme du système, il est formaté, il est la continuité de Kennedy dans le sens où lui aussi a envenimé une guerre en y envoyant des soldats.

Pour ce qui est de Clinton et Bush…

Aristide disait à propos des Américains : « Que je fasse, que je ne fasse pas, ils agiront quand même. » Dès 1983 et la réunion de Governors Island, Aristide avait compris qu’il devait se conformer aux exigences des Etats-Unis s’il souhaitait rester à la tête de l’Etat. L’ancien ambassadeur Américain en Haïti, Janet Anderson, a révélé que peu importe le gouvernement, que ce soit celui de Préval ou d’Aristide, Haïti a connu l’occupation doublure, c'est-à-dire que dans le dos de chaque ministre haïtien, il y avait un représentant américain et chaque parti politique était et est toujours financé par un des trois impérialistes au travers de différents organismes comme l’IRI (Institut Républicain International). Durant ce qu’on appelle, l’occupation d’octobre 94, Aristide devait, non seulement entretenir d’excellents rapports avec les Américains, mais également se plier aux  quatre volontés du FMI. Pour cela, Haïti devait couper certaines aides destinées à la population et mettre au chômage les Haïtiens pas assez rentables et surtout « moderniser », autrement dit privatiser. Sa « désobéissance » provoquera sa chute quand il a réclamé le remboursement de la dette de l’indépendance à la France, soit 21 milliards de dollars, et a voulu augmenter les salaires des Haïtiens.

Dans ce cas, pourquoi Bill Clinton a tant tenu à restaurer Aristide ?

Aristide était devenu docile et surtout il était soutenu par le peuple. C’était par ailleurs son atout et sa faiblesse parce qu’à part le peuple, il n’avait ni parti politique, ni cadre et la rue ne peut pas vous aider à diriger un pays et à prendre des décisions. C’est aussi la première fois, que les Etats-Unis ramènent et contrôlent un président démocratiquement élu. Aristide était populaire, d’ailleurs une grande majorité de Haïtiens demeure « aristidienne », même s'il n’avait pas de véritable idéologie. Il avait de belles paroles et de bonnes intentions, mais qu’il n’arrivait pas à mettre en place. Pourtant, il avait les fonds pour. Peu après son élection, il a créé le groupe VOAM (Voyez Haïti Monter) qui a récolté en 4 jours  près de 4 millions de dollars.

Pour l’heure, Haïti est investi par les GI Américains ressentez-vous ceci comme une invasion ?

C’est une invasion voulue et préparée par les hommes du gouvernement haïtien. Il ne faut pas dire que le président ait été pris de cours. L’impérialisme est bel et bien là et les conseillers de Préval préparaient cette invasion.

Quels sont les intérêts des Etats-Unis ?

Les intérêts des Américains de faire main basse sur Haïti sont nombreux. D’une part, la main d’œuvre est très bon marché en Haïti et l’île n’est située qu’à 30 minutes de la Floride, y faire transiter des cargaisons serait rapide depuis ce nouveau Taïwan.

Ensuite, il y a Cité Soleil, cette zone est convoitée par les Etats-Unis en accord avec la grande bourgeoisie commerçante d’Haïti, pour la convertir en un grand port : un port franc et une zone industrielle.

Puis, c’est le moment idéal pour se servir du territoire comme base arrière pour contrôler et contrecarrer Cuba puisqu’Obama a promis de libérer Guantanamo. Depuis Cité Soleil et au dessus de Gonave, il y a une vue appréciable sur Cuba.

Et enfin, le sous-sol haïtien est bourré de pétrole. Apparemment les gisements vénézuéliens prendraient leur source sous l’île. Port-au-Prince est assis sur un gigantesque puits de pétrole qui ne pouvait être jusque là exploité. En effet, depuis les années 50, Jean Dumarsais Estimé, le président de l’époque, avait déplacé la capitale anciennement située à Marchand-Dessalines vers l’actuel Port-au-Prince. Cette transition ne permettait pas d’exploiter le pétrole mais Mère Nature aidant, aujourd’hui tout est possible. De plus, le séisme a provoqué un exode rural volontaire des habitants de Port-au-Prince, laissant le champ libre à la destruction des ruines de la capitale et pourquoi pas le forage des sols… Dans d’autres circonstances, s’ils avaient demandé aux habitants de partir vers les campagnes cela aurait été considéré comme un génocide. La catastrophe apparait comme une aubaine pour les impérialistes car elle permet de déplacer à nouveau la capitale. Tout n’est qu’enjeux géopolitiques et économiques.

A votre avis, pourquoi les Américains sont arrivés en Haïti avec autant d’armes et de soldats ?

Les Américains sont arrivés en Haïti en position de vainqueurs. Ils voulaient démontrer leur force et leur suprématie pour impressionner à la fois la communauté internationale mais aussi, et peut-être surtout, les Haïtiens eux-mêmes.  Ils ont senti qu’il y avait en Haïti des sentiments de « ras le bol » concernant l’occupation -aidé par les événements en Guadeloupe contre le gouvernement français. Il y a quelques années, les Français avaient confié aux Américains qu’ils pouvaient faire ce qu’ils voulaient d’Haïti dans leur arrière-cour mais qu’ils ne devaient pas toucher à la langue française ; les Français tenant à garder la francophonie intacte (bien qu’aujourd’hui trois quarts des Haïtiens parlent anglais) . Aujourd’hui, les Américains investissent leur arrière-cour et programme le quadrillage de l’île, pour ce faire, armes et soldats sont nécessaires. 

Dans un article spécialement rédigé pour Newsweek, B. Obama a annoncé qu’il pensait faire un travail de reconstruction à long terme pour remettre le pays à flot, comme les Etats-Unis l’ont fait en Europe au lendemain de la 2nde Guerre Mondiale, et dans les Balkans pour la guerre au Kosovo, vous l’en remerciez ?

(Rire) Quoique pensent faire les Etats-Unis, Cuba, le Venezuela et l’ALBA (Alliance Bolivarienne) seront toujours à nos côtés. Pour l’heure c’est aux Haïtiens de prendre leurs dispositions et de lutter contre les ingérences. Bien entendu, les Américains vont profiter du chaos qui règne mais ce chaos ne veut pas forcément dire qu’il n’y a pas d’organisations. C’est à nous de trouver un terrain d’entente, un fond commun pour reprendre les choses en main. Les difficultés seront présentes mais sur place le travail doit se faire. C’est à nous de mener la lutte contre l’impérialisme. Nous devons faire ce travail idéologique en poussant les envahisseurs hors de nos frontières. De 1994 à nos jours, Cuba a apporté plus d’aide à Haïti que n’importe quel pays soi disant « ami » et le peuple haïtien en est conscient. 

La Conférence de Montréal du 25 janvier a regroupé les « amis » d’Haïti pour évoquer comment organiser l’aide…
Les amis d’Haïti ne font pas partie de ce groupe des 3 roches, des IFAC. Le Canada a un rôle fondamental au sein de cette trilogie dans laquelle Haïti est au milieu. En effet, il entretient des relations à la fois avec Haïti et la France pour la francophonie, mais aussi avec les Etats-Unis au travers de l’ALENA[4].

Le Canada est un grand manipulateur puisqu’il joue sur tous les tableaux et fait le travail de l’impérialisme. Si les Etats-Unis n’étaient pas venus eux-mêmes pour « gérer » l’après-séisme, ils auraient envoyé le Canada. En ce qui concerne le Brésil, Lula n’a pas encore acquis toute la confiance des Américains, qui ne lui auraient pas laissé l’opportunité de prendre les commandes en Haïti.  Par ailleurs, notre « ami » canadien est en pleine appropriation de l’intelligentsia haïtienne puisqu’il lui ouvre grand ses portes. Pour exemple, il y a 5 ans, une seule des trois jeunes filles qui sont allées faire leurs études (payées par le gouvernement haïtien) en Belgique, est effectivement rentrée en Haïti. Donc nous ne sommes pas dupes, les pays présents à cette conférence, ne sont pas nos amis !
 
Et les relations avec Cuba, quelles sont-elles ?

Depuis la chute de François Duvalier elles étaient très attendues. En 1984, des relations diplomatiques s’engagent enfin sous Aristide. Dès le début, Cuba a déployé l’Aide Sud-Sud en envoyant des médecins, des agronomes… sur l’île pour aider et former les Haïtiens. Un jour, un paysan m’a dit : « les ONG nous donne à manger et les Cubains nous apprennent à pêcher… » Au contraire des autres pays et ONG présents en Haïti, les Cubains et les Vénézuéliens nous parlent d’égal à égal et surtout, il ne se sont jamais mêlés des affaires internes du pays. Il n’y a jamais eu d’ingérence de leur part.

Maintenant que les Etats-Unis ont fait main basse sur le pays, comment pensez vous que les relations avec Cuba vont évoluer ?

En 2004, quand Aristide fut chassé, les Français ont tenté de déloger les Cubains mais l’ambassadeur de Cuba est sorti de ses gonds et par crainte de chaos, les Français ont préféré se retirer.  Obama va certainement tout faire pour minimiser l’aide cubaine et pousser les coopérants cubains hors du pays. Ce sera impossible puisque les Cubains et les Vénézuéliens ne sont pas nos amis ; ce sont comme nos frères. Cuba reste un élément fondamental, il est notre exemple. S’il le faut il y aura lutte au sein même de l’île pour dénoncer sérieusement l’ingérence des Américains.

Dernièrement, cette ingérence des Etats-Unis a valu aux avions de Médecins Sans Frontières d’être détournés vers la République Dominicaine…

Le détournement des avions de MSF, n’est qu’un faux problème. Les Américains comptaient sur MSF pour agir et faire le travail à Cité Soleil,… ils ont donné pignon sur rue aux ONG étrangères tandis qu’ils gèrent l’aéroport international. MSF réagit simplement pour faire bonne figure mais ces deux impérialismes sont alliés.

Pourtant nous avons pu voir des images télévisées montrer la population haïtienne remerciant les Américains de leur aide et brandissant le drapeau des Etats-Unis…

A Cité Soleil, il y a beaucoup d’ouvriers et beaucoup de journaliers ; ceux ci ont été payés par les Américains pour faire leur éloge et se pavaner avec leur drapeau.

De nombreuses ONG étaient déjà sur place avant le séisme, ce qui a permis de donner les premiers soins aux victimes, vous devez être reconnaissant envers cet élan de solidarité ?

Les ONG font souvent du bon travail sur place, mais profitent généralement de la situation. Il y a en Haïti pratiquement autant d’ONG qu’en Inde, sachant qu’Haïti est un territoire d’environ 27 750 km2 et l’Inde 3 290 000 km2 ! Haïti est une plateforme d’ONG.

Les premières ONG ayant porté secours sont les cubaines et les vénézuéliennes, les autres ont simplement appelé au secours pour faire venir l’aide. Ensuite, ce sont les aides chinoises qui sont arrivées les premières de l’extérieur. De plus, les ONG ont choisi leurs cibles. Quand une ONG vient en Haïti, elle s’installe dans les endroits stratégiques… et chauds, les ONG ne sont donc pas présentes sur toute l’étendue du territoire contrairement aux Cubains. Par ailleurs cette omniprésence entraine des rivalités entre ONG.
 
Vous semblez critique concernant les ONG…

Les ONG ont toujours été très présentes en Haïti au point qu’elles ont empêché
la lutte, l’élan même de transformation mentale du peuple haïtien. Pour exemple, le père Lannoo a expliqué, lors d’une interview à la télévision suisse en 1986, que la population haïtienne devait être calmée et recentrée pour éviter tous désirs de changement et tendances révolutionnaires. Les ONG ont un rôle politique, voire tampon. Kissinger, le grand stratège de la guerre du Vietnam affirme que « si les ONG avaient existé dans les années 60, il n’y aurait pas eu de guerre au Vietnam ».

Au début, au sein des ONG, il y avait des mouvements de lutte de libération, comme au Nicaragua. En Europe, dans les années 70, les progressistes luttaient contre le pouvoir mais lorsque François Mitterrand arrive au pouvoir, la donne change. Auparavant, une partie de l’argent donnée aux ONG servaient à financer les mouvements de libération. Aujourd’hui, avec les socialistes au gouvernement, ces mouvements ne sont plus aussi viables, notamment parce que ce système de partage des dons est bien connu. Maintenant, il y a des réseaux pour contrôler les ONG. Ce sont des organisations créées par des progressistes, mais le système capitaliste a réussi à détourner le problème. De fait, les ONG sont devenues une plaque tournante des informations ; elles ont d’ailleurs donné de nombreuses informations sur les installations en Irak.
 
Le président René Préval a lui aussi émis des critiques sur les ONG en soulignant qu’il y avait un véritable manque d’organisation de l’aide internationale.

Le président peut être considéré comme étant pris entre deux feux mais soyons honnête,  il est assis sur des ONG bien structurées. En Haïti, il n’y a jamais eu de canalisation des ONG, avec le séisme et le chaos ambiant cela devient plus visible alors Préval fait de belles phrases. Mais chez nous, ce sont les ONG qui choisissent, donc ce sont des faux problèmes, les ONG sont très bien organisées, elles sont structurées en réseaux, ce sont « des balles enrobées de sucre »[5] . Elles se battent entre elles, non pas à couteaux tirés mais à coup d’articles. Les gens se rendront compte au fur et à mesure de ce que cachent les ONG. Lorsqu’elles gouvernaient le pays grâce à Pierre Louis et Soros, Préval était satisfait puisque l’argent rentrait dans les caisses de l’Etat. Ce genre de discours n’a donc aucune valeur quand on connait la réelle situation d’Haïti. Préval ne peut rien faire d’autre.

Vous sous-entendez qu’il est dépassé ?

Il savait parfaitement où il allait mais pas à cette vitesse, pas si vite... Pour l’heure il est à découvert. Remettre les clés de l’aéroport international revient à remettre les clés du pays.

Comment Haïti peut reprendre sa vie en main ?

Les impérialistes peuvent rester longtemps, mais jamais définitivement. Ils peuvent faire des dégâts comme ils l’ont fait en 1915 et en 1934 lorsqu’ils nous ont laissé l’armée d’Haïti et ce, jusqu’à ce qu’Aristide la chasse. Si le palais national est tombé comme un château de cartes c’est parce qu’il y a des souterrains menant de la police au palais en dessous. Dans ces souterrains de nombreux hommes sont morts torturés par les milices de Duvalier. 

Pourquoi Aristide ne revient-il pas ?

Aristide ne peut pas revenir maintenant, il y a trop d’enjeux et il n’a plus d’hommes de main, ni de cadre et il n’est plus soutenu par les impérialistes. Il existe des groupes, clandestins ou non, qui ont de l’argent, qui rassemblent du monde et qui avancent lentement. Il s’agit de distinguer qui sont nos vrais amis et nos vrais ennemis. En Haïti, il y a aussi une lutte des classes et une différence de perception entre homme blanc et homme noir. C’est donc tout un travail de reconstruction aussi bien physique qu’idéologique qu’il faut établir en Haïti. Quoiqu’il en soit, le Canada, la France et les Etats-Unis ne sont pas nos amis et ils l’ont prouvé.

Haïti deviendra t-il la 51ème étoile du drapeau américain ?

Haïti ne sera jamais un Etat américain !

Comment voyez-vous l’avenir ?

L’avenir sera dur, voire même très dur. Les Etats-Unis ont essayé d’hisser leur drapeau sur l’aéroport de Port-au-Prince, mais Préval y a mis un terme. L’étoile américaine ne sera pas pour Haïti. Si un jour Haïti a une étoile, elle sera rouge comme celle de Cuba. Haïti luttera pour retrouver sa souveraineté, le pays est indépendant depuis le 1er janvier 1804 et il le restera. Comme le disait Henri Christophe, nous pouvons mettre le feu dans tout Haïti ; l’impérialisme américain pourra  reconstruire, mais cela pourra être détruit. Sur les cendres d’Haïti nous rebâtirons notre Haïti…
 

Notes :
[1] Accord du 22 février 2006, article 2.3 : « le gouvernement communiquera à la MINUSTAH copie de tous les accords qu’il aurait pu souscrire avant l’entrée en vigueur de l’accord du 22 février 2006, et qui seraient encore valides. Si la MINUSTAH considère qu’un de ces accords pourrait être incompatible avec son mandat ou avec la bonne exécution du plan de réforme de la Police Nationale Haïtienne, le gouvernement apportera à cet accord les aménagements que la MINUSTAH lui demandera pour éviter cette incompatibilité » et ajoute que le document accorde « à la MINUSTAH l’extension de sa toute puissance au-delà de l’actuel gouvernement de transition »
[2] Alliance Bolivarienne pour les Amériques
[3] Métaphore haïtienne pour caractériser les 3 pays impérialistes : des roches sur lesquelles on fait cuire à manger.
[4] Accord de Libre Echange Nord Américain conclu entre le Mexique, les Etats-Unis et le Canada
[5] Image employée par Mao
 
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21 janvier 2010 4 21 /01 /janvier /2010 23:43

Par arrêt du 19 janvier, la plus haute juridiction des Etats-Unis renvoie le dossier de Mumia Abu-Jamal devant la Cour d’Appel Fédérale de Pennsylvanie en lui signifiant expressément de réexaminer sa décision « à la lumière » de l’arrêt rendu la semaine dernière dans une affaire similaire (Spisak / Ohio). Dans cette affaire, la Cour Suprême a confirmé la condamnation à mort.

Autrement dit, la Cour Suprême demande à la justice de Pennsylvanie de « faire le sale boulot à sa place » : donner le feu vert à l’exécution ! Rappelons que la Cour d’Appel Fédérale s’était prononcée pour la sélection d’un nouveau jury qui aurait à statuer sur la sentence uniquement (peine de mort ou perpétuité) en considération des instructions volontairement erronées données aux jurés lors du procès de 1982 qui avaient conduit ces derniers à prononcer la peine capitale.

« Au regard de l’arrêt rendu dans l’affaire Spisak, cette décision de la Cour Suprême n’est pas une surprise. Ce n’est pas une mauvaise nouvelle, au sens où nous le redoutions. J’irai plaider contre la peine de mort car, bien que similaire, le cas Mumia est différent tant sur la forme que dans les faits » a déclaré Maître Robert R. Bryan. Soulignant l’acharnement du Ministère Public de Pennsylvanie à l’origine de ce recours auprès de la Cour suprême, l’avocat principal de Mumia Abu-Jamal a tenu à rappeler l’importance et l’urgence de donner sa pleine dimension à la campagne pour sauver son client. A cet effet, un nouvel appel international à l’interpellation de Barack Obama a été lancé par plusieurs personnalités : Danielle Mitterrand (France), Günter Grass (Allemagne) prix Nobel de littérature, Mgr Desmond Tutu (Afrique du Sud), Fatima Bhutto (Pakistan) écrivain, Noam Chomsky (Etats-Unis) philosophe, Ed Asner (acteur), Mike Farrell (acteur), Michael Radford (réalisateur - Oscar du meilleur film pour Il Postino / Le Facteur).

Signez et faites signer le plus largement possible cet appel, en cliquant sur ce lien : http://www.PetitionOnline.com/Mumialaw/petition.html

Le Collectif Unitaire National de soutien à Mumia Abu-Jamal appelle les organisations, les collectivités, et plus généralement tous ceux et toutes celles qui veulent sauver Mumia, à faire connaître la gravité de la situation judiciaire à laquelle il est toujours exposée et à s’inscrire dans la campagne d’interpellation de Barack Obama.

Le Collectif Unitaire National (80 organisations françaises), entend donner un retentissement international à l’affaire Mumia à l’occasion du prochain congrès contre la peine de mort qui se déroulera fin février 2010 à Genève (Suisse).

POUR LA LIBERATION DE MUMIA ABU-JAMAL

Rassemblement hebdomadaire le mercredi de 18h à 20h

face au Consulat des Etats-Unis – Place de La Concorde à Paris.

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22 décembre 2009 2 22 /12 /décembre /2009 21:17

Les promoteurs d’un accord ambitieux se montrent extrêmement déçus par les résultats enregistrés à Copenhague.

Directrice du pôle international de Réseau Action Climat, Morgane Creach parle d’« échec total ». La déclaration d’intention est « un accord de grandes puissances qui ignorent la voix des pays les plus pauvres ». La responsable met en cause « les chefs d’État des grandes puissances venus avec leurs rouleaux compresseurs », et qui ont empêché un accord qui prévoie des réductions réelles 
de gaz à effet de serre. « C’est l’approche des États-Unis qui a gagné : chacun décide de ce qu’il peut faire chez lui. » De plus, la déclaration d’intention a été approuvée par « seulement vingt-cinq États ». Elle s’indigne de ce que Nicolas Sarkozy l’ait présentée à la presse « alors que tous les pays n’en avaient pas eu connaissance ». Pour Romain Benicchio, d’Oxfam France, il faut « travailler à un accord juridiquement contraignant pour 2010 ». L’un des représentants de la Gauche unie européenne, le député européen communiste portugais Joao Ferreira, voit dans l’échec du sommet, le fait que « la responsabilité différenciée entre les pays n’ait pas été reconnue ». Les États-Unis ont voulu imposer les mêmes engagements aux pays émergents, alors « qu’ils polluent deux fois plus par habitant que l’Union européenne et quatre fois plus que la Chine ». L’UE, quant à elle, n’a pas convaincu en « proposant des réductions d’émissions inférieures aux préconisations du groupe d’experts sur le changement climatique (GIEC) ». « Un aspect n’a pas été abordé, et qui a été pointé par le président bolivien Evo Morales, on ne s’attaque qu’aux conséquences d’un système, le changement climatique, sans s’attaquer aux causes », poursuit le député.

Pour les associations et militants, c’est la mobilisation citoyenne qui permettra d’obtenir un accord contraignant. « À Copenhague, une convergence inédite entre mouvements sociaux, mouvements écologistes, mouvements de solidarité internationale a fait naître un nouvel espoir et constitue un tournant du mouvement altermondialiste », se réjouit l’association Attac. « C’est leur échec, pas la nôtre. » Kristine Holten-Andersen, porte-parole du Klimaforum, le sommet alternatif qui a vu défiler 40 000 militants et des dizaines d’associations en deux semaines, annonce que le Klimaforum se prolongera jusqu’à la conférence de Mexico, l’an prochain. Elle met en avant que « les réseaux, la confiance que nous avons construite entre militants signifient beaucoup pour notre travail futur ». Le président bolivien Evo Morales a, lui, appelé dès vendredi les citoyens à se mobiliser : « Vu nos profondes différences entre chefs d’État et de gouvernement, consultons les peuples. » Il « invite tous les citoyens du monde à s’impliquer directement dans un processus de consultation pour soutenir l’initiative bolivienne en vue de l’organisation d’un référendum mondial pour la défense de la mère Terre et sur le changement climatique ». Il appelle à prendre en compte les « abus de l’actuel système capitaliste ». « Les décisions internationales ne peuvent en aucun cas favoriser uniquement 50 % de la population mondiale », avertit le chef d’État.


Gaël De Santis

Dans l'Humanité

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30 novembre 2009 1 30 /11 /novembre /2009 23:41

La crise financière était pour beaucoup d'investisseurs presque oubliée. Elle s'est rappelée à leur souvenir jeudi 26 novembre à Dubaï. L'annonce d'un risque de défaut de paiement de cet émirat, adepte des projets pharaoniques, a provoqué une onde de choc sur les marchés mondiaux. Dubaï a demandé un moratoire pour le remboursement d’une partie de sa dette, et devrait éviter la faillite grâce au soutien de son riche voisin, l’Emirat pétrolier d’Abou Dhabi. Jeudi dernier, les places de Paris, de Londres, de Francfort ou de Tokyo ont plongé de 3 % à 4 % en moyenne. Cela a permis de se rendre compte que les banques ont encore des créances potentiellement "pourries".

 

Mais Dubaï c’est quoi ? Un mirage dans le désert pour richissimes. Au moment où va se dérouler le sommet de Copenhague sur la protection de la planète, force est de constater que Dubaï est une hérésie du système capitaliste. C'est à Dubaï qu'ont été construites une île en forme de palmier, une station de ski en plein désert. Les grattes-ciel de Dubaï ne sont pas bien différents des pyramides d’Égypte. Edifices démesurés, bâtis par des esclaves ou des ouvriers exploités et qui à la fin finissent abandonnés, vestiges d’une puissance éphémère et de la folie des grandeurs, désastre écologique, exploitation forcenée des travailleurs pauvres…


C’est ça que certains osent appeler la supériorité du capitalisme ?

 

 

 

 

 

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26 novembre 2009 4 26 /11 /novembre /2009 17:01

Le 9 octobre, le président américain Barack Obama se voyait attribuer le prix Nobel de la Paix, « pour ses efforts extraordinaires en faveur du renforcement de la diplomatie et de la coopération internationales entre les peuples » selon l’annonce du jury d’Oslo.

 

Quelques jours avant de recevoir son prix, le 10 décembre prochain, il vient de décider l’envoi de 35 000 soldats supplémentaires pour finir la guerre en Afghanistan. Entre temps, il avait dit qu’il ne fermerait finalement pas Guantanamo. Et avant l’été, il avait déjà décidé de maintenir les tribunaux militaires d’exception. Tout ça sent plutôt la guerre que la paix.

 

Lors de son élection, on nous disait qu’Obama était un John Kennedy noir. N’oublions pas que c’est Kennedy qui avait vraiment lancé  la guerre du Vietnam !

 


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22 novembre 2009 7 22 /11 /novembre /2009 08:49

Le 8 novembre sur « France 2 », au cours de l’émission télévisée « 13h15 », le journaliste Laurent Delahousse avait déclaré, suite à l’intervention et à l’interrogation de François Cluzet sur le cas de Salah Hamouri, qu’il ne connaissait pas ce cas et qu’il s’engageait à se renseigner.


Sans préjuger du contenu de l’émission, le journaliste et son équipe tiennent parole, puisque un reportage doit être consacré au dossier Salah Hamouri ce dimanche 22 novembre dans l’émission « 13h15 ».


On le doit à François Cluzet mais aussi au « buzz » sur « Internet » sur les vidéos. Il faut que cela remonte maintenant jusqu’à l’Elysée…. et aussi vers les autres chaînes…


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17 novembre 2009 2 17 /11 /novembre /2009 18:29

Il est des résultats électoraux qui n’interpellent nullement notre président de la République. Bien au contraire, Zine El-Abidine Ben Ali, âgé maintenant de soixante-treize ans, vient d’être réélu pour un cinquième mandat avec près de 90% des voix et a reçu les félicitations de Nicolas Sarkozy. C’est vrai qu’il est un ami de Ben Ali. N’avait-il pas déjà apporté son soutien lors d’une précédente visite où il avait fait le choix des contrats plutôt que celui des droits de l’homme.

Si prompts à dénoncer les atteintes aux droits de l’homme un peu partout dans le monde, l’Élysée et le Quai-d’Orsay sont bien silencieux lorsqu’il s’agit de la Tunisie. Nicolas Sarkozy lui a adressé ses « plus vives félicitations », lui souhaitant « succès et réussite » et exprimant sa satisfaction pour « le niveau excellent atteint par les relations tuniso-françaises ».

Mais quelle est la réalité dans ce pays ? Fin octobre, Mme Nasraoui, présidente de l'Association tunisienne de lutte contre la torture, qui devait participer au Parlement européen à une rencontre sur la situation des droits de l'homme dans le bassin minier de Gafsa (Sud-ouest), s'est vue opposer une interdiction de quitter le territoire.

A peine réélu, le dictateur Ben Ali continue pourtant de s’en prendre à tous ceux qui critiquent ses pratiques antidémocratiques. Trois journalistes, Taoufik Ben Brik, Slim Boukhdir et Mouldi Zouabi, viennent de subir la colère de celui qui se comporte comme un monarque et se sont retrouvés emprisonnés.

Une journaliste du Monde, Florence Beaugé,  qui était partie en Tunisie pour couvrir les élections présidentielles a été expulsée pour « avoir toujours fait preuve de malveillance patente à l'égard de la Tunisie et de partis pris systématiquement hostiles » L'envoyée du Monde avait effectué récemment un séjour en Tunisie durant lequel elle avait interrogé des opposants particulièrement critiques à l'égard du régime, notamment l'avocate Radia Nasraoui et son époux Hamma Hammami, chef du Parti communiste ouvrier (PCOT, interdit). L'expulsion de Tunisie d'une journaliste du quotidien français le Monde est un « acte souverain qui n'a pas besoin d'être expliqué », a affirmé le ministre tunisien de la Justice et des droits de l'Homme.

Et quand ce n’est pas l’Elysée qui se pose en défenseur du dictateur Ben Ali, c’est au député UMP Eric Raoult de prendre le relais « Quand un certain nombre d’observateurs français font de la provocation à l’égard du président Ben Ali, ils savent que quand ils arrivent à Tunis on les remet dans l’avion. » Il regrette que « les médias et certains responsables politiques s’ingénient à dénigrer certains pays pourtant amis de la France, comme la Tunisie ou le Gabon. »

Raoult, le même qui voudrait imposer un « devoir de réserve » aux lauréats de prix littéraire.

On comprend mieux pourquoi il soutient Ben Ali. Les mêmes motivations, faire taire les voix de ceux qui résistent.

 

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11 novembre 2009 3 11 /11 /novembre /2009 18:09

Invité du journal de 13 heures de France 2 le dimanche 8 septembre 2009, l’acteur François CLUZET a parlé de Salah Hamouri.

 

 


François CLUZET Parle de Salah HAMOURI
envoyé par akeshi. - Regardez les dernières vidéos d'actu.

Inconnu du présentateur du journal de France 2, inconnu de J.F Copé ! Pourtant, le journal l’Humanité en parle depuis plus d’un an et des articles lui ont été consacrés.Tous les jours une photo et le nombre de jours de détention figure en page Monde de l’Huma. Sa mère a écrit aux "élites" qui nous gouvernent, alors dire qu’ils ne sont pas au courant est une imposture grossière et mensongère.


Je pensais qu’un journaliste avait la curiosité de regarder de temps à autre la presse nationale dans son ensemble. Pas très curieux M. Delahousse ? Ou bien parti pris ?


Articles concernant Salah Hamouri que j’avais repris dans mon blog.

L'arrestation de Salah

Le « plaider coupable » made in Israël

Les mots de la force occupante

La balle est dans votre camp, monsieur le président

Quel joli nom : humanité !

 

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10 novembre 2009 2 10 /11 /novembre /2009 23:41

Paris a aussi fêté la chute du mur de Berlin lundi dernier, place de la Concorde. Entre l'hôtel de Crillon, lieu éminemment populaire, et le ministère de la marine est apparue sur un immense écran la porte de Brandebourg, accompagnée de L'Hymne à la joie.

 

Cette cérémonie de célébration avait un coût de 800 000 euros. Mais rassurez-vous, l’argent public ne sera pas mis à contribution. Onze grandes entreprises françaises se partageront l’intégralité de la note (EADS, Areva, Total, Veolia, Air France, Edf, Generali, LVMH, Orange, PSA et Sanofi Aventis).

 

D’où vient cette soudaine passion pour une page d’histoire de ces fleurons du capitalisme français ? De quoi se réjouissent-ils au juste ?

Ils se réjouissent parce que tout le monde ou presque semble confondre la chute de l’URSS et des pays du bloc de l’est avec « la fin du communisme ». Ils se réjouissent parce que cet événement leur permet de faire croire que le capitalisme a définitivement triomphé. Mais l’idée communiste n’est pas morte. Comme le chantait Ferrat, ce n'était qu'une caricature du socialisme.

Ils se moquent de la « liberté » qu’ils prétendent célébrer et méprisent les hommes. Seuls comptent pour eux la liberté d’exploiter et de faire des profits. Les manifestants  de 1989 en RDA scandaient "Wir sind das Volk" ("Nous sommes le peuple"). Ces groupes capitalistes ne sont pas le peuple, mais les exploiteurs du peuple.

C’est le cas du groupe Total par exemple qui continue de faire des milliards de profits en Birmanie et qui n’est pas gêné le moins du monde par la junte militaire au pouvoir depuis le coup d’état de 1988. La liberté de la presse et les droits de l'homme ne sont pas respectés, le travail forcé est une pratique courante. Les partis d’opposition ne sont pas tolérés, et l’opposante Birmane Aung San Suu Kyi , prix Nobel de la paix est en résidence surveillée.

Vingt ans après le 9 novembre 1989, plus personne ne peut croire que le capitalisme est le meilleur système possible. D’une guerre à l’autre, d’une crise à l’autre, l’humanité et la planète souffrent toujours plus de la loi du plus riche. Le vrai mur, c’est le mur de l’argent.

 

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