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  • : Réagir : S'opposer activement à l'action de qqch, résister. La devise issue de la révolution française "Liberté, Egalité, Fraternité" étant de plus en plus mise à mal, ce blog est un moyen pour moi de faire partager mes réactions sur l'actualité politique, sociale, etc.
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22 juin 2015 1 22 /06 /juin /2015 08:30

Le 1er ministre Manuel Valls veut aller vite dans les réformes et réaffirmer le soutien de l’État aux entreprises pour soutenir le retour de la croissance. Il justifiait ainsi le passage en force à l'aide du 49-3 de la loi Macron à l'Assemblée nationale. Pour lui, « toute la crédibilité de notre politique économique sera fondée sur le retour de l'emploi. Plus nous aidons les entreprises à créer de l'emploi, plus nous tiendrons notre objectif. »

 

Où sont les effets promis du CICE, du pacte de responsabilité et des 41 milliards d’euros de réduction d’impôts et de cotisations sociales accordés aux entreprises ? N'est-ce pas Emmanuel Macron qui déclarait il y a peu que la France avait besoin « d’un capitalisme de long terme, qui accompagne nos entreprises dans leurs investissements », de la « création de valeur actionnariale » pour « faire émerger de nouveaux champions du CAC 40 ».

 

Un petit graphique valant mieux qu'un long discours, il permet de constater depuis 1981 une forte diminution de la part des salaires dans la valeur ajoutée au profit de la rémunération du capital. Vu les chiffres du chômage, on peut constater l'efficacité de la valeur actionnariale vantée par Macron.

En 1981, les dividendes versés aux actionnaires représentaient 10 jours de travail par salarié dans les sociétés non financières, en 2012, ils en représentent 45 jours. Dit autrement, un salarié travaille 45 jours par an, soit 9 semaines, uniquement pour payer les dividendes des actionnaires.

En 1981, les dividendes versés aux actionnaires représentaient 10 jours de travail par salarié dans les sociétés non financières, en 2012, ils en représentent 45 jours. Dit autrement, un salarié travaille 45 jours par an, soit 9 semaines, uniquement pour payer les dividendes des actionnaires.

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La France est un paradis pour les actionnaires

Selon un document « Approche de la compétitivité française » cosigné en juin 2011 par le MEDEF, l’UPA, la CGPME, la CFDT, la CFTC et la CGC, notre pays est en troisième place sur le podium des dividendes versés aux détenteurs du capital des entreprises.

A qui profitent les réformes libérales ?
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8 mai 2015 5 08 /05 /mai /2015 09:41

« Nous avons les moyens de façonner un capitalisme à l’image de nos ambitions. », « Retrouver l’esprit industriel du capitalisme », la France a besoin « d’un capitalisme de long terme, qui accompagne nos entreprises dans leurs investissements », de la « création de valeur actionnariale » pour « faire émerger de nouveaux champions du CAC 40 ».

 

Bien sûr ce ne sont que des extraits, mais qui en disent long sur la passion pour le capitalisme. Quel est l'auteur de ces propos ? Ce pourrait être Pierre Gattaz, le patron du Medef, ou bien un de ces entrepreneurs capitalistes qu'on nomme « capitaine d'industrie », mais NON !

 

C'est tout bonnement le ministre de l'Économie et des Finances du gouvernement actuel, Emmanuel Macron, l’ancien banquier d’affaires de chez Rothschild. On savait que Valls, le chef du gouvernement, aimait beaucoup l'entreprise, mais là, son ministre de l'économie l'a dépassé en faisant un véritable plaidoyer à la gloire du capitalisme dans une tribune publiée dans le Monde ce dimanche. Et comme si les cadeaux aux entreprises (CICE, Pacte de compétitivité) sans contreparties en terme de créations d'emplois n'étaient pas suffisants, Macron veut aller « plus loin pour rendre la fiscalité des actionnaires plus encourageante ».

 

Pas de références au socialisme ni même aux socialistes dans cette tribune, cela a le mérite de clarifier les choses, pour ceux qui doutent encore, et confirme que nous avons un gouvernement qui mène une politique de droite, et dont les orientations tournent le dos aux engagements de 2012. Si les électeurs avaient chassé Sarkozy, ce n'était pas pour retrouver la même politique économique et anti-sociale.

 

L'avenir de la gauche ne passera pas par ces gens-là.

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15 avril 2015 3 15 /04 /avril /2015 18:11

Le sénateur communiste Eric Bocquet (rapporteur de la commission d'enquête en 2013 sur l'évasion fiscale, voir article) a interpellé le ministre le 8 avril 2015 sur le rôle inacceptable joué par les banques dans l’évasion fiscale. Ce sont elles qui organisent des placements douteux dans les paradis fiscaux, selon des mécanismes que nous connaissons parfaitement, monsieur le ministre. Nous aimerions vous entendre sur ce sujet. Les banques agissent trop souvent contre l’intérêt général, contre le développement industriel et l’emploi, et cela depuis trop longtemps.

 

Il faut le dire, il n’y aura pas de politique de croissance permettant le retour au plein emploi sans une nouvelle utilisation de l’argent, sans une véritable révolution du système bancaire et financier. Un texte de loi visant à stimuler la croissance qui n’aborde pas cette question cruciale ne peut que déboucher, une fois de plus, sur un constat d’impuissance.

 

Les quatre premiers groupes bancaires français ont affiché, pour l’année 2013, un résultat net cumulé de 15 milliards d’euros. En février de l’année dernière, un grand quotidien économique indiquait que la première banque française, BNP Paribas, voulait porter son taux de distribution des bénéfices à environ 45 % en 2016. N’y a-t-il pas lieu, monsieur le ministre, de s’intéresser à cette manne si l’on veut effectivement promouvoir la croissance, l’activité et l’égalité des chances économiques ?

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14 avril 2015 2 14 /04 /avril /2015 22:46

Alcatel : patronat et gouvernement bradeurs de l'indépendance du pays

 

NOKIA veut acheter Alcatel.

Un instrument majeur de savoir-faire et de prouesse technique dans les télécommunications va être pillé. Et cela au moment même où ils sont au centre de l’économie productive moderne. On voit ce que valent les belles paroles des bavards gouvernementaux et patronaux sur le « redressement productif », « l’innovation » et le reste de leur bla bla. On finit par se demander par quels moyens agissent si efficacement les intérêts à l’œuvre pour priver la France de cet instrument d’indépendance technique.

 

Alcatel a été annexé méthodiquement par le nord-américain Lucent qu’il avait pourtant acheté bien mal en point. Puis le management a été colonisé par les Étatsuniens. Puis le gouvernement a refusé le prêt auprès de la Banque publique d’Investissement que l’entreprise demandait. Alcatel a donc emprunté à Goldman Sachs qui a pris en gage les 27000 brevets possédés par l’entreprise, somme du génie technique français.

 

Une nouvelle fois, on voit l’incapacité du grand patronat français à faire autre chose que de la mendicité auprès des contribuables. Une nouvelle fois, on voit la limite du discours gouvernemental sur « l’entreprise » qui se limite à gaver des actionnaires sans patrie. Une nouvelle fois, on constate l’ignorance et le mépris pour la production industrielle et les savoir-faire techniques.

 

Le gouvernement doit s’opposer à la perte d’Alcatel. Après avoir laissé General Electric piller Alstom, il doit défendre les intérêts fondamentaux de la nation.

 

C’est-à-dire extirper Alcatel de la finance et des opérations hostiles. Et reconstruire le fleuron français des télécoms qu’Alcatel n’aurait jamais dû cesser d’être. Ce que le patronat français est incapable de faire.

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19 mars 2015 4 19 /03 /mars /2015 19:08

On a régulièrement droit aux journées de ceci ou de cela, de tout et de n'importe quoi. Vingt quatre heures pour faire semblant de s'intéresser à un problème … Mais pour l'argent, une journée ne suffisait pas, c'est carrément une semaine qui y est consacrée. En effet, la Fédération bancaire européenne (FBE) a lancé la «Semaine européenne de l’argent» en vue de promouvoir l’éducation financière dans les écoles primaires et secondaires d’Europe.

 

Le système bancaire qui aurait sauté en 2008 sans les prêts et la garantie du contribuable français va donner des leçons de… bonne gestion aux enfants, avec l'aval de l’Éducation nationale. Cette opération était baptisée « J'invite un banquier dans ma classe ». Ce projet prévu initialement pour 25 classes aura finalement concerné 55 cours moyens.

 

Il paraît que les banquiers ont signé une charte déontologique (pas le droit de rire), ils n'animent pas les séances qui passent par le jeu, et leurs interventions se bornent à des points techniques.

 

Les enfants auront été à bonne école. En France, la Fédération des banques – principal lobby du secteur financier – est présidée par François Pérol, dirigeant du groupe Banque Populaire-Caisse d’épargne (BPCE). François Pérol a été mis en examen en 2014 et renvoyé en correctionnelle le 5 février dernier pour prise illégale d’intérêts. A la tête de cette Fédération, il a succédé à Jean-Laurent Bonnafé, directeur général de BNP Paribas qui a dû s’acquitter d’une très lourde amende de 6,6 milliards d’euros aux États-Unis en 2014. Le vice-Président de la Fédération bancaire est Frédéric Oudéa, PDG de la Société Générale, la banque concernée par l’affaire Kerviel et la perte de 4,9 milliards d’euros due à des spéculations inconsidérées sur les marchés financiers. Que du beau monde !

 

Au vu de ces performances, la Fédération bancaire française était-elle vraiment la mieux placée pour expliquer aux autres – et notamment aux enfants – comment gérer leur budget ?

Quand l'école invite les banquiers dans la classe
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27 février 2015 5 27 /02 /février /2015 23:10

Alors que Berlin exprime les plus fortes réticences sur les initiatives programmées par le nouveau gouvernement grec, l'office statistique européen Eurostat a publié une étude, le jeudi 26 février, qui révèle que le salaire minimum de tous les pays d'Europe a augmenté depuis 2008, à l'exception de celui de la Grèce.

 

Exprimé en euros ou dans une des monnaies nationales des états de l'UE, le salaire minimum a augmenté partout en 2015 par rapport à l'année 2008, date précédant la crise provoquée par le système bancaire. La Grèce enregistre une baisse de 14% de son SMIC sous l'effet des mesures ordonnées par la troïka (UE, BCE, FMI). Le gouvernement d'Alexis Tsipras veut porter ce salaire minimum à 751 euros contre 580 aujourd'hui.

 

Et dire que Pierre Moscovici, à présent Commissaire européen aux Affaires économiques et financières, s'oppose comme ses comparses technocrates de Bruxelles à l'augmentation du smic grec. Mais pour lui, pas de soucis, il émarge à 24 000 € par mois. Pour lui, les autres peuvent crever, c'est ça ?

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26 février 2015 4 26 /02 /février /2015 23:15

Il est bien connu que l'on peut faire dire aux chiffres ce que l'on veut.

 

Les derniers chiffres du chômage qui viennent d'être publiés concernant le mois de janvier sont pour le 1er ministre Manuel Valls « un encouragement à poursuivre » sa politique, un « premier signe positif », les réformes commenceraient à porter leur fruit.

 

Mais qu'en est-il en réalité ?

 

Sa satisfaction vient de ce que le nombre des demandeurs d’emplois de la catégorie « A » s’est réduit de 19 100 personnes (-0,5%). Mais si on regarde les chiffres un peu plus en détail, on constate que les deux catégories (B et C) qui couvrent les demandeurs d’emplois travaillant à temps partiel ont augmenté (+ 35 000 personnes). Ainsi, le chiffre des demandeurs d’emplois faisant acte positif de recherche d’emploi s’est en réalité accru en janvier passant de 5,216 millions à 5,232 millions. La proportion des chômeurs de plus de 50 ans a par ailleurs augmenté par rapport à janvier 2014  de +9,6%.

 

Nous sommes donc très loin d’une diminution des chiffres de demandeurs d’emplois. Non le chômage n'est pas en diminution malgré tout l'art de la communication qui ressemble plus à de la manipulation.

 

Il y a bien urgence à mener une autre politique. Les milliards d'aides accordées au patronat n'ont pas donné lieu à la création d'emplois.

 

Les différentes catégories de demandeurs d'emploi

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12 février 2015 4 12 /02 /février /2015 21:45

 

- La dette est réduite de 62% : elle passe de 39 milliards à 14,5 milliards de Deutsch Marks ,

- Un moratoire de cinq ans est accordé,

- Un délai de 30 ans est prévu pour rembourser,

- Le pays peut limiter le paiement du service de sa dette à 5% de ses revenus d’exportation,

- Si, du fait d’une mauvaise conjoncture, la RFA connaît des difficultés pour rembourser ce qui reste, il est prévu une suspension des paiements et une renégociation des conditions,

- Les taux d’intérêts sont réduits,

 

- etc.

 

Voilà comment l’Allemagne a bénéficié de l'effacement d'une partie de sa dette dans un accord conclu à Londres le 27 février 1953. Après la Seconde Guerre mondiale, les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la France avaient conscience que les dettes extérieures étaient un fardeau extrêmement pénalisant pour l’économie allemande dans sa reconstruction.

 

Toutefois, cet accord de 1953 ne couvrait pas la dette de guerre de l’Allemagne vis-à-vis de la Grèce dont les ressources avaient été pillées et dont la banque centrale avait dû "prêter" à l’Allemagne au titre de l’effort de guerre. De remboursement il n'y a jamais eu.

 

Puisque l'Allemagne a fait défaut elle aussi,  Mme Merkel ferait mieux de faire profil bas.

 

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11 février 2015 3 11 /02 /février /2015 17:10

Ce titre résume les propos tenus en 2011 par Mikis Theodorakis, compositeur et homme politique, figure emblématique de la résistance à la junte des colonels. Il fut un résistant de la première heure contre l’occupation nazie et fasciste, combattant républicain lors de la guerre civile et torturé sous le régime des colonels. En 2011, il adressait une lettre ouverte aux peuples d’Europe, publié dans de nombreux journaux grecs.

 

Extraits publiés par l'Humanité le 4 novembre 2011 :

 

"Notre combat n’est pas seulement celui de la Grèce, il aspire à une Europe libre, indépendante et démocratique. Ne croyez pas vos gouvernements lorsqu’ils prétendent que votre argent sert à aider la Grèce. (…) Leurs programmes de « sauvetage de la Grèce » aident seulement les banques étrangères, celles précisément qui, par l’intermédiaire des politiciens et des gouvernements à leur solde, ont imposé le modèle politique qui a mené à la crise actuelle. Il n’y pas d’autre solution que de remplacer l’actuel modèle économique européen, conçu pour générer des dettes, et revenir à une politique de stimulation de la demande et du développement, à un protectionnisme doté d’un contrôle drastique de la Finance. Si les Etats ne s’imposent pas sur les marchés, ces derniers les engloutiront, en même temps que la démocratie et tous les acquis de la civilisation européenne. La démocratie est née à Athènes quand Solon a annulé les dettes des pauvres envers les riches. Il ne faut pas autoriser aujourd’hui les banques à détruire la démocratie européenne, à extorquer les sommes gigantesques qu’elles ont elles-mêmes générées sous forme de dettes.


Nous ne vous demandons pas de soutenir notre combat par solidarité, ni parce que notre territoire fut le berceau de Platon et Aristote, Périclès et Protagoras, des concepts de démocratie, de liberté  et d’Europe. (…)

 

Nous vous demandons de le faire dans votre propre intérêt. Si vous autorisez aujourd’hui le sacrifice des sociétés grecque, irlandaise, portugaise et espagnole sur l’autel de la dette et des banques, ce sera bientôt votre tour. Vous ne prospérerez pas au milieu des ruines des sociétés européennes. Nous avons tardé de notre côté, mais nous nous sommes réveillés. (...)


Résistez au totalitarisme des marchés qui menace de démanteler l’Europe en la transformant en Tiers-monde, qui monte les peuples européens les uns contre les autres, qui détruit notre continent en suscitant le retour du fascisme."

 

 

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7 février 2015 6 07 /02 /février /2015 07:49

On savait que l’expérience Syriza serait une leçon de choses en politique, la mise à nu, toutes technicités juridico-financières envolées, des ressorts fondamentaux de la puissance et de la souveraineté. De ses confiscations dans des institutions aussi. Nous y sommes – et encore plus vite que prévu.

 

Comme on pouvait s’y attendre également, le lieu névralgique du rapport de force se trouve à Francfort, à la Banque centrale européenne (BCE). Ce qu’aucun article des traités européens ne permet juridiquement – mettre à la porte un Etat-membre – c’est la BCE, hors de toute procédure, par une opération entièrement discrétionnaire sans aucun contrôle démocratique, qui le peut. Et qui vient d’en donner l’avant-goût, dix jours à peine après l’arrivée au pouvoir d’un gouvernement malséant, porté par un mouvement populaire ayant le front de réclamer la fin de l’absurde tourment auquel le pays a été soumis par notre chère Europe, un pays en situation de crise humanitaire [1] – au cœur de l’Union européenne (UE) et, plus encore, par l’Union ! –, un pays pour lequel, après quelques autres, il faudrait maintenant songer à formaliser juridiquement l’idée de persécution économique – et nommer les persécuteurs. Là contre, le peuple grec s’est donné un gouvernement légitime, mandaté pour faire cesser cet état de persécution. Un gouvernement souverain.

 

Comme on le sait depuis longtemps, depuis le début en fait, à la question de la souveraineté, la réponse européenne est non. Saint Jean-Claude bouche d’or, qui ne loupe pas une occasion, a livré sa vision terminale de la politique : « il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens » [2]. Et le peuple grec est invité à crever la gueule ouverte, mais démocratiquement, c’est-à-dire d’après les traités.

 

Il doit être assez clair maintenant que la leçon de choses a à voir avec deux conceptions radicalement différentes de la démocratie : la démocratie comme asservissement aux traités, contre la démocratie comme souveraineté populaire. Sous la formulation alternative de « passer sous la table ou la renverser », il s’agissait bien de nommer ce point de bifurcation qui verra, selon sa résolution, l’une ou l’autre de ces conceptions l’emporter. On s’y dirige à grande vitesse et, portant au jour la vérité hors-traité des traités, la BCE vient de montrer à tous de quel bois démocratique l’Union se chauffe.

 

Le chantage de la BCE, ou la nudité du rapport de force

 

Ce que les opérations ordinaires de la politique monétaire ont usuellement pour propriété de voiler apparaît ici en pleine lumière : dans les procédures techniques du refinancement se trouve repliée toute une vision du monde et, comme toujours, c’est en situation de crise qu’elle se révèle pleinement. Couper la ligne du refinancement aux banques grecques n’admet ici aucune justification proprement monétaire. N’était-ce pas d’ailleurs par un geste souverain – car la souveraineté ne disparaît jamais complètement : elle migre – que la BCE avait décidé de détendre ses propres règles et d’admettre en collatéraux les titres de la dette grecque quoique tombés hors de la catégorie investment-grade ? C’est par un geste également souverain, mais inverse, qu’elle vient de revenir discrétionnairement sur cette facilité, manière évidente de faire savoir au gouvernement grec que, précisément, dans les dispositions qui sont les siennes, il n’est plus du tout question de lui faire la vie facile.

 

Dans une stratégie soigneusement graduée de la constriction, la BCE fait connaître sa force et ne met pas (encore) le système bancaire grec entièrement à genoux. Il reste à ce dernier une source de refinancement en la procédure exceptionnelle dite ELA (Emergency Liquidity Assistance). Mais d’une part cette procédure est plus coûteuse puisqu’elle fournit de la liquidité à un taux de 1,55 % contre… 0,05 % pour les procédures ordinaires. D’autre part l’ELA, en tant que programme « spécial », fait l’objet d’un strict contingentement en volume, de sorte que, la ligne étant susceptible à tout instant d’être brutalement coupée, le système bancaire grec, et le gouvernement derrière, sont installés dans la plus extrême précarité. Enfin, et peut-être surtout, les opérations ELA sont « déléguées » aux banques centrales nationales, en l’occurrence rejetées sur la Banque centrale de Grèce. La signification de ce mouvement de défausse est parfaitement claire, qui fait d’ailleurs écho aux orientations du QE (Quantitative Easing) récemment annoncé : il s’agit d’une stratégie de cantonnement. Désormais les titres de dette grecque ne finiront plus dans le bilan de la BCE elle-même, mais parqués dans celui de la Banque centrale grecque. L’avertissement est limpide : « n’imaginez pas une seconde que la menace à la sortie nous fera quelque effet, d’ailleurs nous sommes en train de créer les conditions pour que, à défaut de vous soumettre, vous preniez la porte avec vos propres encombrants ».

 

Nous savons donc maintenant jusqu’où va l’extrémisme libéral européen. Car Tsipras a beau en avoir considérablement rabattu, et renoncé aux annulations d’une dette pourtant insoutenable, la simple idée, à cadrage macroéconomique invariant, de réallouer la dépense publique d’une manière qui ne satisfasse pas pleinement à la conditionnalité de l’ajustement structurel est en soi une hérésie inadmissible. Certes le programme minimal d’urgence humanitaire (réaugmenter le salaire minimum et les plus basses pensions, réembaucher quelques milliers de fonctionnaires) ne pouvait se faire par simple réallocation au sein d’une enveloppe de dépense rigoureusement invariante. Certes encore, le surplus de prélèvement fiscal que Syriza a concédé devoir mettre en face est laissé à l’aléa de la capacité d’une administration fiscale extrêmement défaillante – s’il y a une seule « réforme structurelle » à conduire urgemment, c’est bien de ce côté qu’elle se trouve, tout le monde en convient, les Grecs au tout premier chef, il se pourrait même que Syriza, moins compromis que tous les autres partis dans le marécage clientéliste, soit le plus à même de la porter. Certes donc, le programme minimal appelle sans doute une extension du déficit ex ante.

 

Il n’est même pas certain que ce dernier se confirme en déficit ex post, bien au contraire. Avec un talent confirmé d’étrangleur, c’est l’UE et ses restrictions aveugles qui ont précipité la Grèce dans une dépression dont on ne trouve plus d’équivalent qu’en celle des Etats-Unis dans les années 1930. Si bien que ce que, par paresse intellectuelle, on nomme « la dette grecque » n’est en fait pas la dette des Grecs : l’explosion des déficits et l’effondrement de la croissance à partir de 2010 sont moins le produit de l’incurie grecque que d’un assassinat de politique économique administré par l’Union en guise de « sauvetage ». De sorte que lorsque les Etats-membres prêtent pour tenir la Grèce à flot, c’est en bonne partie pour écoper le naufrage qu’ils ont eux-mêmes causé. On pourrait dire par court-circuit qu’au travers de la Grèce, l’UE prête pour l’UE ! Splendide opération qui aurait toute sa place dans un théâtre de l’absurde – si l’on excepte les investisseurs dont certains, en dépit de la restructuration, auront bien profité au passage.

 

En tout cas la redistribution de pouvoir d’achat en direction de ceux dont on est bien certain qu’ils le dépenseront intégralement est la plus rationnelle des politiques économiques – mais d’une rationalité qui a depuis belle lurette déserté les esprits européens. C’est en vue du financement intermédiaire d’un déficit temporaire qui avait de bonnes chances de s’auto-couvrir que le gouvernement grec s’était tourné vers la BCE. Nous connaissons maintenant la réponse et nous savons quel degré d’aide les institutions européennes sont disposées à apporter au peuple grec, dont le tableau des misères devrait leur faire honte : nul.

 

Syriza abandonnée de tous

 

Ce sont des salauds. Et ils sont partout. Reuters a rendu publique la teneur d’un rapport allemand préparé en vue de la réunion des ministres des finances du 5 février [3] : c’est non sur toute la ligne. Non et rien, les deux mots de la démocratie-européenne-selon-les-traités. Croit-on que l’Allemagne soit seule en cause dans cette ligne de fer ? Nullement – ils sont partout. Ni l’Espagne, ni l’Irlande, ni – honte suprême – la France « socialiste » ne viendront en aide à Syriza. Et pour une raison très simple : aucun d’entre eux n’a le moindre intérêt à ce qu’une expérience alternative puisse seulement se tenir : dame ! c’est qu’elle pourrait réussir ! Et de quoi alors auraient l’air tous ces messieurs d’avoir imposé en pure perte à leurs populations un traitement destructeur ? De ce qu’ils sont. Des imbéciles, en plus d’être des salauds.

 

On n’aimerait pas être à la place de Tsipras et de ses ministres : seuls et abandonnés de tous. Mais l’Union européenne se rend-elle bien compte de ce qu’elle est en train de faire ? Il y avait de sérieuses raisons de penser qu’une combinaison minimale de dureté en coulisse et d’amabilité en façade permettrait un faux compromis qui aurait vu de facto Syriza plier sur toute la ligne ou presque – à quelques concessions-babioles dûment montées en épingle. Entre le désir de rester dans l’eurozone, les effets inertiels du recentrage de campagne, le découplage des institutions politiques qui protège un moment les gouvernants, il était probable que Tsipras aurait choisi un mauvais compromis qui gagne du temps et, laisse l’espoir (qui fait vivre) d’une possible amélioration future.

 

Mais il y a des degrés dans l’offense auquel, sauf à abdiquer toute dignité, un chef d’Etat peut difficilement consentir. Et tout se passe comme si l’UE était en train de pousser elle-même la Grèce vers la sortie. En s’en lavant les mains naturellement. Mais en ne laissant guère plus d’autre choix au gouvernement grec – passer sous la table ou la renverser, on n’en sort pas... C’est-à-dire, quand les conditions minimales d’estime de soi ne sont plus réunies pour passer dessous, renverser – comme on sait, la position défendue ici de longue date tient que cette Europe n’est pas amendable et que « renverser » est la seule solution offerte à un affranchissement d’avec la camisole libérale.

 

Si jamais on en venait à ce point critique, les événements connaitraient un de ces emballements qui font l’histoire. Car tout devrait aller très vite : séparation immédiate de la Banque centrale grecque du Système européen des banques centrales (SEBC), répudiation complète de la dette, instauration d’un contrôle des capitaux, nationalisation-réquisition des banques. Dans une interview à laquelle on n’a probablement pas assez prêté attention, Yanis Varoufakis lâche une phrase qui vaut son pesant de signification : « nous sommes prêts à mener une vie austère, ce qui est différent de l’austérité » [4]. Et en effet c’est très différent, radicalement différent même. Entre la vie austère et l’austérité, il y a l’abîme qui sépare une forme de vie pleinement assumée et la soumission à une tyrannie technique. Car il est certain que la sortie de l’euro n’aurait rien d’un dîner de gala. Mais c’est faire de la politique, et au plus haut sens du terme, que de prendre à témoin le peuple et de lui mettre en mains les termes de son choix : nous pourrions bien, en effet, être plus pauvres un moment mais, d’abord, sous une tout autre répartition de l’effort, et surtout en donnant à cette « vie austère » la signification hautement politique d’une restauration de la souveraineté, peut-être même d’un profond changement de modèle socioéconomique.

 

De nouveau la politique

 

En tout cas pour la première fois depuis très longtemps, il y a à la tête d’un pays européen des gens qui savent ce que c’est vraiment que la politique – une histoire de force, de désirs et de passions –, soit l’exact contraire des comptables-eunuques qui gouvernent partout ailleurs, à l’image du têtard à binocles dont la couverture de L’Obs, qu’on créditerait ici volontiers d’un second degré inhabituellement fielleux, révèle qu’il est l’une des têtes pensantes de François Hollande.

 

[Incidemment, pour savoir à quoi ressemblent de vrais hommes politiques, c’est-à-dire des gens qui ont touché l’essence de la politique, une essence violente et forte, il faut regarder la tête des anciens directeurs du Shin Beth, le service secret israélien, interviewés dans le formidable documentaire Gate keepers, et qui, quoi qu’on pense par ailleurs de leur action [5], ont eu à agir en l’un des lieux de la planète où l’essence tragique du politique se donne à voir sous sa forme la plus haute. Et puis après admirer une photo de Michel Sapin. Ou le sourire d’Emmanuel Macron.]

 

Lire aussi Thierry Vincent, « Un espoir modéré, la crainte des coups tordus », Le Monde Diplomatique, février 2015.Il n’est pas inopportun de faire pareil rappel, car ce tragique-là plane aussi sur la Grèce, qui doit compter avec ses salauds de l’intérieur. Dans un article qui éclaire un aspect oublié de la situation grecque, Thierry Vincent [6] ne fait pas que remettre en mémoire le passé somme toute pas si lointain des colonels, mais la réalité très présente d’un appareil d’Etat gangrené pas seulement par la corruption ordinaire mais aussi par des forces sombres, substructure étatique constituée, comme toujours, autour des appareils de force, police, justice, armée, dont les connivences avec les néo-nazis d’Aube Dorée sont maintenant patentées, et où macèrent potentiellement les pires tendances factieuses. L’obsession économique finirait presque par faire oublier que le risque dominant auquel se trouve confrontée l’expérience Syriza est probablement politique, et tient moins à un rééchelonnement de dette mal fagoté qu’à ce que Thierry Vincent nomme les « coups tordus », et qu’il faudrait peut-être nommer « coup » sans autre qualificatif. Car voyons, dans les termes de notre alternative : passer sous la table, par quoi on entend ne rien obtenir de significatif, c’est épuiser l’idée même d’alternative progressiste en Grèce, et dégager la piste à la seule alternative restante – la pire. Mais renverser la table, c’est possiblement, par enchaînements successifs, entrer en confrontation directe avec le capital, et l’on sait de quelle manière les « démocraties » ont historiquement accoutumé de traiter ce genre de désaccord…

 

La preuve par Syriza ?

 

A la remorque de la psychorigidité allemande, l’Europe des ahuris, les Juncker, Moscovici, Sapin, etc., radicalement ignorants de ce qu’est vraiment la politique, jouent en toute inconscience avec le malheur des peuples, sans le moindre égard pour les forces obscures qui commencent à tournoyer au-dessus d’eux. Il faut dire qu’en matière d’ahuris, ils se sont trouvé de fameux intellectuels organiques, à l’image de Bernard Guetta, par exemple, qui entame sur le tard une improbable carrière de situationniste – mais à l’envers. Guy Debord tenait que, dans la société du spectacle, « le vrai est un moment du faux ». Chez Guetta, c’est le faux qui est un moment du vrai. Il suffit en effet de reprendre sa chronique « La preuve par Syriza » [7] et d’en inverser méthodiquement tous les termes pour avoir une représentation d’assez bonne qualité de l’état de l’UE et des gauches européennes – là où la lecture littérale livre une fantasmagorie sous produits à courir tout nu dans les prés. Car nous sommes le 27 janvier, et Guetta voit l’aube européenne se lever dans l’arrivée simultanée de Syriza et du Quantitative Easing

 

Or il faut avoir bonne vue, ou bien l’aide de quelques sérotoninergiques, pour voir « s’annoncer de nouvelles politiques économiques européennes » au motif que la BCE, au terme de luttes intestines longtemps indécises, cinq ans après toutes les grandes banques centrales du monde, et ayant dû attendre une situation de désinflation patentée pour être juridiquement fondée à agir, a enfin lancé son programme à elle de Quantitative Easing. Dont on sait déjà qu’il ne produira pas grand effet.

 

Et l’aide de substances plus brutales encore est requise pour nous appeler à réaliser que « non, l’unité européenne n’est pas en elle-même un projet libéral ». « Ce n’est qu’un début », s’exclame le défoncé, « mais que la séquence est belle ». Quand les infirmiers auront achevé de l’embarquer, on ne retiendra que le titre de l’article manifestement écrit dans des conditions à faire peur à un cycliste, mais qui dit contre toute attente une chose très vraie : le caractère probatoire de l’expérience Syriza. En effet, il va bien y avoir une « preuve par Syriza ». Mais la preuve de quoi ?

 

Notes

[1] Voir Sanjay Basu et David Stuckler, « Quand l’austérité tue », Le Monde Diplomatique, octobre 2014.

[2] Jean-Claude Juncker, entretien, Le Figaro, 29 janvier 2015.

[3] « ECB cancels soft treatment of Greek debt in warning to Athens », Reuters, 4 février 2015.

[4] « Nous sommes prêtes à mener une vie austère », Le Monde, 25 janvier 2015.

[5] En l’occurrence, tous ceux qui ont vu le documentaire savent que ces anciens responsables des services secrets livrent une mise en accusation accablante de la politique des gouvernements israéliens depuis des décennies.

[6] Thierry Vincent, « Un espoir modéré, la crainte des coups tordus », Le Monde Diplomatique, février 2015.

[7] Bernard Guetta, « La preuve par Syriza », Libération, 27 janvier 2015.

 

La pompe à phynance - Blog de Frédéric Lordon dans le Monde Diplomatique

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