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  • : Réagir : S'opposer activement à l'action de qqch, résister. La devise issue de la révolution française "Liberté, Egalité, Fraternité" étant de plus en plus mise à mal, ce blog est un moyen pour moi de faire partager mes réactions sur l'actualité politique, sociale, etc.
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2 juillet 2013 2 02 /07 /juillet /2013 18:32

Après le festival de Cannes, où la palme d'or a été décernée au film d’Abdellatif Kechiche, « La vie d’Adèle », le canard enchaîné titrait sur « Le revers de la palme » dénonçant les conditions de tournage, « des journées de seize heures payées huit, du travail non payé imposé le samedi », « le doublement du temps de tournage prévu » mais avec un budget qui ne bouge pas.

 

Le cinéma ne peut  pas être une zone de non-droit.

 

Ces problèmes devraient trouver une réponse avec le texte de la convention collective étendue de la production cinématographique qui devait entrer en vigueur au 1er juillet mais qui vient d'être reporté au 1er octobre. Ce texte étendu est celui proposé par l’API (Gaumont, Pathé, UGC, MK2), seule organisation représentant les employeurs à l’avoir signé le 19 janvier 2012 avec tous les syndicats de techniciens et d’ouvriers, à l’exception de la CFDT. Par contre, il y a eu une levée de bouclier de la part de nombreux syndicats de producteurs indépendants, car cette convention collective est une petite révolution au sein de ce monde d'arrangements en marge de la loi. Elle prévoit, entre autres, des minima salariaux, et le paiement des heures supplémentaires, du travail de nuit ou du dimanche. Autant de points sensibles pour les films à petit budget.

 

Dans un entretien accordé à Télérama, Alain Guiraudie, le réalisateur de “L'Inconnu du lac”, prend la défense de ce texte décrié.

 

Entretien Télérama

Il nous faut une régulation collective.
Les négociations individuelles, ça suffit.”

 

Serait-ce une bonne chose que la convention collective étendue entre en vigueur dès aujourd'hui ?

Oui. Il nous faut une régulation collective. Les négociations individuelles, de gré à gré, ça suffit. Or, la convention collective signée par l'API est la seule qui existe en droit. Le texte alternatif proposé par les producteurs indépendants n'a aucune valeur. Pas plus que les propositions faites par la SRF. Il ne suffit pas de se réunir entre copains et de rédiger un texte pour qu'il ait force de loi. Et puis soyons sérieux : la SRF propose une convention collective à tiroirs, sous conditions.

Il faudrait indexer les revenus minimums des techniciens aux budgets des films. Et tant pis pour le principe du « à travail égal, salaire égal ». Tant qu'on y est, pourquoi pas un Smic spécifique aux boîtes de moins de cinquante employés ? Faut-il comprendre que les films en dessous de 4 millions d'euros ne se font qu'avec de la passion ? C'est à se demander si ce petit monde adhère au principe même d'une convention collective…

Personnellement, j'estime qu'il est intéressant de réaffirmer tout haut l'idée qu'un film coûte de l'argent en salaires. Pour faire du cinéma, il ne suffit pas d'avoir une caméra, des idées ou de l'enthousiasme : sans le travail des techniciens, rien ne se ferait.

Arrêtons aussi d'associer systématiquement cinéma de la diversité et films pauvres. Cela induit l'idée que l'audace artistique est consubstantielle aux petits budgets. Je commence à en avoir marre qu'on me dise que mes films sont importants tout en me donnant des miettes pour les réaliser. Si vraiment on estime qu'ils ont leur place en salles, alors que le CNC s'en donne les moyens ! Quel cinéma veut-on défendre dans ce pays ? Va-t-on laisser la loi du marché l'inféoder ou décider qu'on met la main à la poche pour défendre les œuvres qui méritent d'exister ?

 

Ne craignez-vous pas que la convention collective signée en janvier 2012 accélère les délocalisations ?

Ce risque existe. Mais la façon dont les uns et les autres le brandissent me rappellent l'histoire des ouvriers de Continental. Il y a cinq ans, on leur a dit qu'ils devaient renoncer aux 35 heures sous peine de voir les sites français fermés. Cinq ans plus tard, ces mêmes sites ont fermé boutique. Dans le cinéma, les délocalisations sont déjà une réalité. Aujourd'hui, on peut très bien prendre l'argent du CNC et le dépenser ailleurs. Là encore, pour que les choses changent, il faut peut-être en passer par des mesures réellement coercitives.

 

“Pourquoi un film français ne pourrait-il pas
se faire avec plus de 60% d'argent public ?”

 

Faut-il, comme le demandent notamment les représentants de la SRF, remettre à plat tout le système de financement du cinéma français ?

Absolument. Il faut rendre le CNC à sa mission initiale : la régulation. C'est à lui de rééquilibrer le marché et de réorienter les moyens vers les films plus difficiles, moins mainstream. Le rééquilibrage ne viendra pas de Gaumont, de Pathé ou de MK2… Pour l'heure, l'argent du CNC repart beaucoup vers les structures et les films les mieux dotés. Pourquoi un film français ne pourrait-il pas se faire avec plus de 60% d'argent public ? Pourquoi, le CNC ne monte-t-il pas au créneau là-dessus ? La commission européenne a bon dos… On ne peut pas rester dans le statu quo actuel.

 

Quels seront les premiers effets de cette convention collective ?

Honnêtement, je n'en sais rien. Mais si vous aviez demandé à un petit artisan de 1936 à quoi ressemblerait sa vie avec les congés payés, il vous aurait probablement fait la même réponse. Je pense que, à l'époque, beaucoup de voix ont dû s'élever pour dénoncer cette mesure qui risquait de couler les petits patrons…

De la même manière, quand, en 2003, le bénévolat sur les courts métrages est devenu illégal, on a entendu des cris d'orfraie. Dix ans plus tard, il me semble que les courts métrages existent toujours. Si la convention est étendue aujourd'hui, certains films ne pourront sans doute pas se faire. Mais sur tous les autres, les travailleurs seront payés correctement.

 

Et tant pis pour les films qui ne pourront pas se faire ?

Mais chaque année, des films ne se font pas faute d'argent ! Pourquoi les gens se réveillent-ils maintenant ? Moi-même, il y a deux ans, j'ai renoncé à un projet. Cela m'arrive aussi régulièrement de reporter un tournage. Ce genre de mésaventures fait partie de ma vie de cinéaste depuis vingt ans. Mais les réalisateurs et producteurs du cinéma du milieu ignoraient peut-être cette réalité jusqu'à ce que l'idée de payer les gens correctement les fasse paniquer. Avec la convention collective, il y aura peut-être moins de films produits chaque année en France. Mais vous les voyez, vous, les deux cent soixante-sept films annuels dans les salles ? De fait, aujourd'hui, seuls quelques titres monopolisent les écrans.

 

“Le salaire ne doit plus
être la variable d'ajustement.”

 

Auriez-vous pu réaliser L'Inconnu du lac dans le cadre de cette convention ?

Oui, car nous nous y serions pris autrement. La production aurait dû se bouger le cul pour trouver plus d'argent. Lequel a d'ailleurs été trouvé, auprès d'Arte, a posteriori, c'est-à-dire une fois le film monté. Il n'était donc pas si introuvable que cela. Pour pouvoir payer les gens au tarif, il ne manquait que 100 à 200 000 euros à L'Inconnu du lac, comme à tous ces films à 1 million qui sont devenus la caution des cinéastes du milieu pour refuser la convention collective. Admettons même que cela représente chaque année 30 millions d'euros : s'il y avait une vraie volonté politique, ce serait facile de les trouver au CNC, qui brasse 150 millions d'euros par an.

 

Certains craignent que, pour le même tarif, les producteurs privilégient les techniciens confirmés au détriment de la jeune génération…

Si les producteurs travaillaient avec les techniciens débutants parce qu'ils étaient moins chers, j'aimerais être au courant. Généralement, surtout dans le cinéma d'auteur, le réalisateur décide avec qui il veut travailler. C'est ridicule, les quatre ou cinq grands chefs opérateurs qu'on a en France ne vont pas pouvoir faire tous les films. Pareil pour les stars du montage. Le salaire ne doit plus être la variable d'ajustement. Pour le reste, au moment de se lancer dans la fabrication d'un film, les choix à faire restent les mêmes : miser sur un casting cher et prestigieux ou pas, réduire ou pas le temps de tournage, etc.

 

A-t-on sacrifié la justice sociale à la diversité du cinéma ?
Oui, comme si l'art autorisait tous les passe-droits, comme s'il était au-dessus du droit du travail. L'industrie du cinéma est même peu à peu devenue un laboratoire du libéralisme. Où le CDD et la précarité sont la norme. Quand j'étais technicien, je passais mon temps à pointer au chômage.

 

Quel impact la discorde de ces derniers mois aura-t-elle à long terme sur le cinéma français ?
Je suis incapable de me prononcer là-dessus. Les clivages se sont affirmés. Mais quant à savoir comment cette affaire va se terminer, je suis comme tout le monde. J'attends.

 

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8 mai 2013 3 08 /05 /mai /2013 18:43

Ce soir, la chaîne Arte rediffuse le film "Entre les murs". Dans ce film proche du documentaire, on découvrait la vie d'un collège de ZEP avec les énormes difficultés dans ce type d'établissement. La réalité ne s'est pas améliorée. Il y a un peu plus d'un mois de cela, les enseignants de cet établissement se sont mis en grève. Je vous livre l'article de Laurent Mouloud publié à cette occasion dans le supplément Cactus de L'Humanité.

 

Palme d’or à Cannes en 2008, " Entre les murs " mérite une suite. Mais pas sûr que le gouvernement ait envie de la réaliser. Cinq ans après avoir fait la une en ayant été le théâtre du livre de François Bégaudeau et inspiré le film de Laurent Cantet, le collège Mozart, dans le 19e arrondissement de Paris, est au bord de l’implosion. Et, cette fois, ce n’est pas du cinéma. Depuis lundi, l’ensemble des enseignants se sont mis en grève reconductible, soutenus par les parents d’élèves. « Entre les murs était directement inspiré de la vie difficile de notre établissement, mais aujourd’hui, ces difficultés ont clairement empiré, alerte Isabelle Lamrani, une professeur d’arts plastiques. Les conditions de travail sont devenues insupportables tant pour les adultes que pour les élèves. »

La refondation de l’école ? Ils ne la voient pas venir. Au contraire. Ce collège ZEP de 300 élèves, situé au cœur d’un quartier populaire, est en passe de décrocher la palme du nombre de cours non assurés. Depuis la rentrée, faute de profs remplaçants, les élèves ont raté 1 000 heures d’enseignement, notamment en mathématiques, anglais et espagnol. « La situation est particulièrement grave en 4e où trois classes ont manqué l’équivalent de dix semaines de cours de maths », lâche, désabusée, Isabelle Lamrani. Des absences qui touchent également des élèves de sixième et de troisième, eux qui sont censés passer le brevet d’ici trois mois.

Pas nouveaux, les problèmes de remplacement n’ont cessé de s’aggraver ces dernières années sous l’effet des coupes budgétaires. Au collège Mozart, en cas d’absence, il faut attendre désormais quatre, cinq ou six semaines avant de voir arriver un nouveau prof ! Quand il arrive. Car, pour certaines matières en déficit de recrutement, comme les maths ou les langues vivantes, l’administration n’a rien de sérieux à proposer. Deux contractuels ont été envoyés au feu. « Mais ces jeunes n’étaient pas formés, et surtout pas pour enseigner en ZEP. Ils ont été débordés immédiatement et se sont fait chahuter. L’un d’eux n’a pas tenu un mois », explique Murielle Monchal, prof d’histoire-géo.

Les conséquences sont délétères. Avec, comme le résume l’équipe enseignante, des heures de cours qui se transforment en « heures de cour ». Sur fond de tension latente, des élèves déambulent dans les couloirs et la permanence est régulièrement bondée. « On ne peut même plus exclure ceux qui perturbent la classe et faire respecter une sanction car ils ont nulle part où aller », s’agace Murielle Monchal. L’établissement manque de surveillants. Et ne possède qu’un seul conseiller principal d’éducation (CPE) alors que le collège voisin Sonia-Delaunay en a trois pour 476 élèves. Pourtant, les besoins sont là. Mozart compte 48 % d’élèves boursiers, trente-six origines différentes et un taux de réussite au brevet de seulement 62 % (81 % dans l’académie). « C’est une situation révoltante, poursuit Murielle Monchal. Nos élèves ont l’impression d’être laissés pour compte. Il y a un mépris de l’éducation nationale pour ses enfants les plus défavorisés. »

Depuis des mois, l’équipe enseignante se mobilise à coups de pétitions et de demandes d’audience. Avec de folles revendications : des profs remplaçants formés, des heures de surveillance en nombre suffisant et un CPE supplémentaire... Mais, pour l’instant, le rectorat n’a qu’un mauvais film à leur proposer. Ses solutions ? Que les profs fassent des heures sup pour se remplacer les uns les autres et qu’ils organisent des cours de rattrapage pendant les vacances ! Une nouvelle entrevue devait avoir lieu hier après-midi. Et Isabelle Lamrani de prévenir : « Si rien n’est fait, après Entre les murs, c’est dans le mur que risque d’aller l’établissement ! »

Cinq ans après avoir inspiré le livre de François Bégaudeau puis le film de Laurent Cantet, le collège Mozart, à Paris, est au bord de l’implosion. Depuis la rentrée, plus de 1 000 heures d’enseignement n’ont pu être assurées faute de remplaçants.

 

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