Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Présentation

  • : Réagir - Blog militant de joseph coutant
  • : Réagir : S'opposer activement à l'action de qqch, résister. La devise issue de la révolution française "Liberté, Egalité, Fraternité" étant de plus en plus mise à mal, ce blog est un moyen pour moi de faire partager mes réactions sur l'actualité politique, sociale, etc.
  • Contact

Rechercher

Tags

30 octobre 2010 6 30 /10 /octobre /2010 23:16

Tribune parue dans l'Humanité du 29 octobre 2010 sur le thème des retraites où vous identifierez facilement les personnages traités dans un précédent article sur mon blog  « Déli d'initié chez les Sarkozy, si ce n'est toi c'est donc ton frère ».

 

Bonjour, dit le Petit Prince (*).

– Bonjour, dit le grand assureur Picaxa-Koffdéric.

– Que fais-tu ? demanda le Petit Prince.

– J’assure.

– Tu fais de l’escalade ?

– Oui, je fais grimper le taux de rendement de mes fonds.

– Tu as donc beaucoup d’argent. Comment l’as-tu obtenu ?

– Je collecte l’épargne, répondit le grand assureur Picaxa-Koffdéric. J’ai convaincu tous les gens de penser à leurs vieux jours, qu’ainsi je peux assurer.

– Et tu leur redonnes ce qu’ils t’ont confié, dit le Petit Prince. Tu ne gagnes donc rien, c’est tout à ton honneur.

– Ah, si ! rétorqua le grand assureur Picaxa-Koffdéric. D’une part, je place cette épargne, d’autre part, j’ai persuadé également le président qu’il allonge la durée de cotisation au système collectif et que, bientôt, il recule l’âge légal pour avoir droit à une retraite à taux plein. Ainsi, je récolte davantage et j’ai moins à verser.

Le Petit Prince réfléchit un instant et demanda :

– Les épargnants qui te confient leur argent ne s’insurgent-ils pas, puisque tu leur prends plus que tu ne leur rends ?

Le grand assureur Picaxa-Koffdéric prit un air professoral et répliqua :

– J’ai mis au point une technique imparable. Elle s’appelle neutralité actuarielle. Je calcule l’espérance de vie des gens. Ils partent à la retraite quand ils veulent et ils auront la même somme durant toute leur retraite, quel que soit l’âge où ils cessent de travailler. Je soustrais alors le rendement financier des capitaux que j’ai reçus et placés, et je verse le reste aux retraités sur une base stable, car il est désormais admis que la protection sociale ne doit plus progresser.

– Même si la richesse augmente, vous ne pouvez y consacrer un peu plus ?

– Non, car il faut beaucoup d’argent sur les marchés financiers.

Le Petit Prince, qui ne renonçait jamais à une question, s’entêta :

– Si ton argent est placé, tu ne l’as pas dans ta caisse et tu ne peux pas le verser aux retraités.

Le grand assureur Picaxa-Koffdéric commençait à s’impatienter mais répondit :

– Je fais circuler cet argent, je vends des titres, j’en rachète et j’en mets une bonne partie dans des centres offshore.

– Sur ta planète, il y a donc des petits coins de paradis sous les parapluies des grands pays. Tu es un assureur qui cherche à s’assurer.

Mais le grand assureur Picaxa-Koffdéric était déjà parti vers quelque destination accueillante.

Le Petit Prince reprit sa marche et rencontra son vieil ami le renard.

– L’assurance est-elle obligatoire sur votre planète ? lui demanda-t-il. Tout le monde s’assure-t-il et les assureurs se réassurent-ils à leur tour ? Ce n’est pas très rassurant. Si les assureurs éprouvent autant de peur de l’avenir que les personnes qu’ils assurent, comment celles-ci peuvent-elles leur accorder leur confiance ?

– C’est très simple, lui expliqua le renard. Tu te souviens que je te disais lors de ta dernière visite qu’on ne connaît bien que les choses qu’on apprivoise. Eh bien, les assureurs lancent un hameçon et, quand les citoyens y ont mordu, ils sont ferrés. C’est leur façon de les apprivoiser, qui est une capture, dès lors qu’ils ont obtenu du président le démantèlement de la Sécurité sociale.

– Quelqu’un prépare-t-il une résistance ou une riposte ? s’enquit le Petit Prince.

– Les syndicats font monter la température, répondit en souriant le renard. D’ailleurs, le climat se réchauffe.

– Oui, approuva le Petit Prince, j’ai observé votre effet de serre depuis mon étoile. Plus ça sent le roussi dans votre finance, plus ça chauffe au sol. Si les assureurs veulent capter toujours plus d’épargne afin de gonfler la Bourse, le résultat est assuré : votre étoile pâlira à mesure que la finance la consumera. Ne crois-tu pas que, pour résister à l’incendie, il faille retirer à la finance son combustible et garder vos retraites collectives ?

 

(*) Pour les trois premiers épisodes de ce conte, voir : Raconte-moi la crise, de Jean-Marie Harribey. Éditions Le Bord de l’eau, 2009.

 

Jean-Marie HARRIBEY - Economiste, maître de conférences à l'université Montesquieu - Bordeaux 4

 

 

10-10-27-guillaume-sarkozy.jpg

 

Dessin Placide


Partager cet article
Repost0

commentaires