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29 juin 2009 1 29 /06 /juin /2009 16:27

Renforcer le «lien de confiance entre les Français et les responsables de leur sécurité». Au cours de ces «réunions, policiers et gendarmes pourront débattre avec les Français, expliquer leurs méthodes et leurs actions, répondre aux interrogations, lever les incompréhensions, échanger sur les besoins ressentis par la population», voilà ce que déclarait la ministre de l’intérieur Michèle Alliot-Marie le 19 janvier 2009. J’évoquais dans un article du 20 janvier que Alliot-Marie semblait ignorer les méthodes de ses policiers.

Même si elle vient de quitter son ministère pour celui de la Justice (pas plus rassurant), rien ne semble s’être arrangé.

Quand les policiers tabassent le plaignant.

Venu déposer plainte dans un commissariat parisien, pour une agression, un jeune Colombien de 27 ans accuse les policiers de l’avoir frappé et humilié.

Jusqu’ici, les policiers mal-intentionnés avaient plutôt tendance à bousculer les suspects. Mais jamais les victimes. C’est pourtant la mésaventure surréaliste vécue il y a dix jours par Juan Pablo Gutierrez. Agressé en pleine rue, ce Colombien de 27 ans a eu la malencontreuse idée de vouloir porter plainte au commissariat de la Goutte d’or, à Paris (XVIIIe). Le jeune homme en est ressorti douze heures plus tard, dans un état dramatique : frappé, insulté et humilié par un trio de policiers. « C’est comme si ma dignité avait été piétinée », raconte-t-il, encore sous le choc.

Tout commence dans la nuit parisienne. Il est environ 1 heure du matin, ce lundi 15 juin. Passionné de photographie, lauréat du Grand Prix Paris Match 2008 du photo-reportage étudiant, Juan Pablo Gutierrez a passé la soirée à un barbecue. Ses amis le déposent en voiture à côté de chez lui, dans le XVIIIe arrondissement. Il marche seul dans la rue. Un groupe d’individus, apparemment éméchés, lui réclame une cigarette. Il n’en a pas, mais leur offre une canette de bière. Juan Pablo repart. Deux mètres plus loin, il prend un coup sur la tête. Le voilà au sol, piétiné au niveau des jambes. Le jeune homme parvient tout de même à s’enfuir, se réfugie dans le hall de son immeuble et appelle le 17. Les policiers, rapidement sur place, interpellent l’un de ses agresseurs et proposent à Juan Pablo de venir déposer plainte. Soulagé, l’étudiant pense que son calvaire a pris fin. Malheureusement, il ne fait que commencer.

« Dès mon arrivée au commissariat, le policier qui m’a pris en charge a tout de suite été agressif, explique le jeune homme. Il m’a poussé vers l’ascenseur, en me disant, sur un ton hautain, de mettre les bras derrière le dos. Je lui rappelle alors que c’est moi la victime ! Mais cela n’a aucun effet… » Dans le couloir de l’étage, Juan Pablo se voit contraint d’ôter ses lacets et ses baskets. L’officier, grand, blond, les cheveux courts, la trentaine, lui demande ensuite son sac et son bandana. Excédé, Juan Pablo refuse : « Si c’est ça la procédure pour déposer plainte, je préfère rentrer chez moi ! » Mais il n’a pas le temps de quitter les lieux. Il reçoit sans prévenir un coup de poing au ventre qui lui coupe le souffle et le laisse au sol. « Je ne pouvais plus respirer. Je criais à l’injustice, en demandant si c’était comme ça qu’on appliquait la loi en France… »

Cette fois, Juan Pablo est bien décidé à partir. Il se lève, franchit la porte du bureau, mais le policier le rattrape par son tee-shirt, lui expédiant un nouveau coup de poing, au visage, puis une violente claque à l’oreille gauche. « Au moment où sa main m’a percuté, j’ai commencé à ne plus entendre de cette oreille. Je me suis mis alors à pleurer et j’ai décidé de ne plus opposer de résistance. »

Juan Pablo est emmené dans un autre bureau, en face des cellules de garde à vue, sous la surveillance de deux policiers en civil, plantés derrière leur ordinateur. Il les supplie de se renseigner, leur rappelle qu’il était là juste pour porter plainte. Pour toute réponse, il reçoit : « La ferme ! on s’en fiche, tu vas te taire, petit Latino, sinon on va te la fermer ! » Juan Pablo insiste. Un des policiers l’emmène alors dans une pièce voisine. « Il m’a demandé de me mettre entièrement nu, et de me tourner d’un côté, puis de l’autre. Je n’ai jamais vécu une telle humiliation, j’étais en larmes. » Il se rhabille, revient dans l’autre pièce, demande un verre d’eau. « Ils m’ont répondu qu’il n’y avait pas de ’’verre’’ d’eau mais de l’eau dans les WC. »

Il est maintenant 10 heures du matin. L’oreille toujours douloureuse, Juan Pablo est finalement conduit à l’hôpital Lariboisière, les menottes aux poignets. Le verdict du médecin est clair : l’oreille interne gauche a été endommagée et Juan Pablo a perdu 40 % de son audition. Vers midi, on invite enfin le jeune Colombien à quitter le commissariat de la Goutte d’or… tout en lui précisant qu’il ressortira en même temps que son agresseur ! « Mais il va me reconnaître, proteste Juan Pablo, laissez-moi au moins quinze minutes d’avance ! » Réponse lapidaire du flic : « Casse-toi, t’as cinq minutes… »

Article publié dans l’Humanité du jeudi 25 juin


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