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  • : Réagir : S'opposer activement à l'action de qqch, résister. La devise issue de la révolution française "Liberté, Egalité, Fraternité" étant de plus en plus mise à mal, ce blog est un moyen pour moi de faire partager mes réactions sur l'actualité politique, sociale, etc.
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21 juin 2016 2 21 /06 /juin /2016 00:56

La démocratie emmurée  blog Mediapart de Pascal Maillard

Dans un entretien de ce 19 juin au Journal du dimanche Manuel Valls formule un paralogisme qui laisse transpirer son inconscient politique. Selon lui, retirer le texte de la loi Travail « voudrait dire qu’on ne pourrait plus réformer, sauf par la brutalité. » La phrase peut s’entendre comme la menace directe d’imposer les réformes par la force brute, à défaut d’y parvenir par la voie parlementaire et le dialogue social. De fait, c’est ce à quoi nous assistons depuis plus de trois mois, dans une gradation vertigineuse de la violence de l’Etat, prêt aujourd’hui à détruire ce qui subsiste encore de nos droits les plus fondamentaux : la liberté d’expression et la liberté de manifester.

 

Si Manuel Valls appelle aujourd’hui les syndicats à « annuler eux-mêmes » les manifestations –ce qu’ils ne feront évidemment pas ! -, c’est qu’il a compris que les menaces d’interdiction formulées par lui et le Président ont provoqué une vague d’indignations et un véritable vent de révolte citoyenne. En quelques jours plus de 100 000 personnes leur ont répondu dans une pétition par la phrase suivante : « Je ne respecterai pas l’interdiction de manifester ». Dans une tribune publiée le 17 juin par Libération, une soixantaine d’intellectuels, militants et syndicalistes disent leur résolution à poursuivre la lutte : « Quoi qu’il advienne de ce gouvernement, nous continuerons de manifester – et comment ! Mais pas seulement. Nous poursuivrons grèves, blocages et occupations. Ce sont les armes de celles et ceux qui en ont peu. Mais elles peuvent frapper bien plus fort que leurs matraques et leurs tonfas ». La tribune de Libération est désormais ouverte aux signatures individuelles (écrire à nouscontinueronsdemanifester@riseup.net). Parmi des dizaines de communiqués émanant de syndicats et d’associations de défense des Droits humains, l’Observatoire de la Discrimination et de la Répression syndicales lance une alerte : « Remettre en cause le droit de manifester, c’est renouer avec les heures les plus sombres du combat anti-syndical ». Manuel Valls renoue aussi avec les heures les plus sombres de l’histoire de France : l’état d’urgence permanent, l’arrestation et l’emprisonnement des opposants politiques (militants politiques et syndicaux), la désignation d’ennemis intérieurs par l’assimilation des manifestants-résistants à des terroristes, les assignations à résidence et les interdictions de manifester. A quand le couvre-feu ?

 

Prenant acte que la seule réponse du gouvernement est aujourd’hui « La loi Travail ou la force », les citoyens ne peuvent que répondre : « Le retrait de la loi ou l’insurrection ! ». Suivie de la chute de Valls et de son gouvernement. Même s’il n’a pas de valeur constitutionnelle dans notre Vème République, il est bon de rappeler l’Article 35 de la déclaration des Droits de l’homme et du citoyen de 1793 : « Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l'insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs ». Chacun jugera en conscience si "le gouvernement viole les droits du peuple". Mais après la manipulation et le chantage, il semble bien que Manuel Valls prenne en otage la démocratie. Il la tient enfermée entre quatre murs, à l'image d'une nasse de CRS : l'état d'urgence, le 49.3, l’État policier et maintenant l'interdiction de manifester. Il a même fermé la porte de la négociation sociale à double tour. Voilà le Peuple embastillé! Dans une telle situation, dont il faut mesurer toute la gravité historique, il revient au Peuple de libérer la démocratie, de libérer la liberté que l'Etat lui a confisquée. Il a commencé à le faire le 14 juin, à l’occasion d’une manifestation nationale dont il faut tirer les enseignements. Il faudra qu'il achève son oeuvre de libération les 23 et 28 juin prochains.

Il m’aura fallu de la distance pour pouvoir écrire sur la manifestation du 14 juin à Paris et ma présence dans le cortège de ceux qu’on nomme les « casseurs » et que Karl Sens appelle, au bas de ce billet, les Anges noirs, dans un poème en prose qui nous apprend à Dire nous. Il m’aura fallu l’aide de nombreuses lectures, de multiples témoignages, toujours forts, précis, émouvants et surtout convergents, qui essaiment sur les réseaux sociaux et les sites militants. J’en publie trois ci-dessous. Il pourrait y en avoir cent. Mais ceux-ci méritent d’être lus et relus, peut-être plus que d’autres. Il m’aura fallu aussi surmonter, non pas seulement le choc de la répression policière – terrible, depuis le début des luttes sociales contre la loi Travail – mais aussi la sidération provoquée par les mensonges d’Etat.

 

Comment ont-ils pu ? Comment la majorité des médias, publics et privés, ont-ils pu suivre aussi servilement, depuis des mois, et les amplifier, les mensonges éhontés et la propagande du gouvernement ? Peut-être parce qu’on n’a jamais atteint dans notre pays une telle relation d’imbrication réciproque entre pouvoir et médias. Quand gouverner et communiquer ne font plus qu’un, quand les intérêts privés et le monde de la finance sont unis à la politique dans des noces morganatiques, il ne faut pas s’étonner qu’un gouvernement affaibli et contesté trouve dans l’atteinte à nos libertés fondamentales – le droit de manifester et de s’exprimer – le seul moyen de survire à son impéritie.

 

Ce n’est donc qu’une fois la tête une peu reposée, les nausées passées et le cœur allégé d’une révolte et d’un profond dégoût pour des hommes politiques aussi vils et veules que le sont devenus, malheureusement, bien des journalistes, que j’ai pu écrire les trois fragments qui suivent. D’un certain point de vue ils sont moins importants que les témoignages que je reproduis. Celui de l’écrivain Yves Pagès et ceux de deux femmes anonymes. La force des anonymes, c’est d’être tout le monde, c’est-à-dire chacun.

 

La puissance d’une manifestation qu’aucune propagande ne pourra occulter

 

Nous étions bien des centaines de milliers le 14 juin à Paris. En sous-estimant le nombre des manifestants (divisé au minimum par cinq, au pire par dix), le gouvernement et les médias sont apparus de fait comme des manipulateurs, et ceci aux yeux mêmes des centaines de milliers de citoyens qui ont vécu de l’intérieur l’une des plus grandes manifestations à laquelle ils ont jamais participé. Cette propagande a échoué. Il suffit, pour en être convaincu, de faire le raisonnement suivant : les centaines de milliers de manifestants auront nécessairement témoigné de leur nombre auprès de leur famille, de leurs amis, de leurs collègues et de leurs camarades de lutte restés en province. Et beaucoup auront témoigné des témoins. Ce sont donc aujourd’hui des millions de citoyennes et de citoyens qui savent combien ils sont forts et qui ont objectivé et déjoué une manipulation de masse qui porte atteinte à la vérité, à leur détermination et à leur existence même. Car, si un pouvoir dit au peuple : « Vous n’étiez pas là », chaque citoyen qui était là se sent atteint dans son existence même. Et sa colère monte inexorablement. Elle monte contre une loi inique et se transforme en révolte contre tout le gouvernement et ses alliés. Oui, la révolte est en route et rien ne l’arrêtera, sinon l’amplification de la répression et les interdictions de manifester, qui conduiront alors à une insurrection. Personne ne sait si elle aura lieu, mais chacun sait désormais qu’elle peut avoir lieu.

 

Une stratégie du chaos organisé et de la violence provoquée

 

Cazeneuve, Valls et Hollande ont lancé leurs dernières grenades de désencerclement contre le mouvement social. Mais elles leur reviennent à la figure. L’amalgame construit par le ministre de l’Intérieur entre le terrorisme et les « casseurs », en instrumentalisant la présence, dans l’Hôpital Necker, de l’enfant des fonctionnaires de police assassinés, fut tout simplement odieuse. Elle eût provoqué en d’autres temps politiques des appels immédiats à la démission, y compris par des élus et des responsables politiques. Odieuse à la fois pour la mémoire des policiers et leur famille, et pour les manifestants eux-mêmes, assimilés à des terroristes. Mais la grossière instrumentalisation des vitres brisées de Necker, devenu dans la bouche de Valls un hôpital « dévasté », s’est retournée contre les impudents et les imprudents manipulateurs. Mediapart, Le Monde et Libération ont promptement rétabli les faits. Gazette Debout écrit une part de "l'histoire d'une manipulation politique". L’écrivain Yves Pagès, dans un billet de blog que je reproduis ci-dessous, fait la démonstration que les affrontements à proximité de l’hôpital Necker ont été conçus et provoqués par la Police elle-même, selon une « géo-stratégie » pilotée par la Préfecture et le Ministère de l’Intérieur.

 

La technique du maintien de l’ordre apparaît donc de plus en plus comme une stratégie du chaos organisé et de la violence provoquée. Trois faits ont sauté aux yeux de toutes celles et tous ceux qui ont observé avec un peu d’attention le dispositif policier encadrant la manifestation du 14 juin, lequel a été aussi mis en place lors de précédents cortèges .

 

1. Tout d’abord le positionnement des CRS tout au long du parcours et la répétition des opérations de nassage : déplacement de groupes latéraux, blocage par le sommet, fermeture par le bas, gazage massif, charges et arrestations.

 

2. Ensuite le choix délibéré de ne jamais protéger les banques, alors que les forces de l’ordre en ont les moyens humains et techniques.

 

3. Enfin l’organisation des nasses à des points névralgiques, exactement là où des dégradations importantes peuvent être produites.

 

A ces trois faits qui mettent directement en cause le pilotage politique du maintien de l’ordre, il faut ajouter qu’étaient palpables la fatigue et la tension nerveuse des forces de l’ordre, et ceci avant même le début de la manifestation. Les CRS et les membres de la BAC accomplissent leur mission en commettant de plus en plus de fautes professionnelles caractérisées, volontaires ou non. Coups de matraque en plein visage, à deux centimètres sous l’œil, pour un manifestant simple obervateur, tir tendu de grenade à 80 cm de ma tête alors que je me trouvais à 5 mètres du tireur. J’ai pu le mesurer d’autant plus précisément que le CRS, en visant très mal, a envoyé son projectile sur un poteau de signalisation (feu tricolore) où il a explosé : je me trouvais à moins d’un mètre du feu tricolore. Des témoignages identiques abondent. Pour la seule manifestation du 14 juin, les équipes de « street médic » ont pris en charge une centaine de blessés à des degrés divers. Il faut rendre hommage à leur courage et leur dévouement. Je pense en particulier aux Communard.e.s de Saint-Nicaise (Nuit Debout Rouen) dont j'ai accompagné à certains moments la petite équipe médicale. Mais aussi à tous les anonymes qui prennent soin des autres.

 

Face à une violence de cette nature, orchestrée et pilotée de l’Intérieur, mettant en danger des dizaines de vies, l’auto-organisation et la protection de chacun deviennent évidemment nécessaires et légitimes.

 

Un cortège de tête représentatif de toute la société en lutte

 

Revient-il aux services d’ordre des organisations syndicales d’encadrer des centaines d’autonomes, de militants et de citoyens qui prennent possession des têtes de manifestation ? Je réponds catégoriquement non. Pour trois raisons évidentes. C’est tout d’abord une tâche qui relève du maintien de l’ordre, donc de la responsabilité de l’Etat. Il est ensuite irresponsable de demander aux syndicats de faire un travail que pas même des forces de l’ordre professionnelles et entrainées sont en mesure d’accomplir, ou auxquelles on donne des ordres pour qu’elles les accomplissent fort mal, ou à dessein de provocation organisée des violences. C’est enfin ignorer la longue tradition de l’anarcho-syndicalisme qui crée une solidarité entre les militants, fussent-ils de culture différente. Or, ce qu’a montré avec force la manifestation parisienne du 14 juin, c’est une unité de lutte, par des moyens différents, entre les autonomes et des militants syndicaux des organisations représentatives, la CNT et SUD bien sûr qui étaient nombreux à faire partie de la manifestation de tête, mais aussi des militant.e.s de la CGT et de FO, sans compter les membres de multiples organisations politiques (PC, PG, NPA, LO, etc) et de diverses associations de défense des Droits humains, des groupes LGBT, etc. Et surtout, c’est essentiel d’y insister : des citoyen.ne.s sans appartenance, des lycéen.ne.s, des étudiant.e.s, des privé.e.s d’emploi, des précaires, des intermittent.e.s du spectacle et des retraité.e.s. Et de très nombreuses femmes, de 16 à 77 ans. Bref, ce 14 juin, c’est toute la société qui défilait en tête du cortège parisien, devant des centaines de milliers de manifestants. Et sans mur entre les deux cortèges. Car beaucoup sont remontés en tête, non par curiosité, non pour casser, mais simplement pour marquer leur solidarité avec celles et ceux qui affrontent depuis des mois, avec courage et détermination, une répression policière qui est d’abord et avant tout une répression politique.

 

Ce qu’il faut enfin retenir de la manifestation de tête du 14 juin, qui a rassemblé plusieurs milliers de personnes, c’est que la répression policière ne fait plus peur à la majorité. Une étape a été franchie. Et elle est importante : la fonction de dissuasion de la propagande sur les casseurs ne fonctionne plus pour des milliers de nos concitoyens. La peur a changé de camp. Elle était ce 14 juin bien davantage du côté de la police que des manifestants. Elle est aujourd’hui du côté du gouvernement. La principale peur que vivent les manifestants est une peur pour autrui, pas pour soi. La solidarité, l’entraide et un véritable souci de l’autre sont ce que je retiendrai du 14 juin. Juliette Keating y a insisté dans un beau billet sur Mediapart. Elle s’interrogeait ainsi : « Le verre brisé des vitrines souffre-t-il autant que les hommes et les femmes aux vies brisées par la crise financière que les États font payer aux populations qui en sont pourtant les victimes ? »

 

Les casseurs sont au gouvernement. Ils cassent le Code du travail, ils cassent les Fonctions publiques, les hôpitaux, les universités, l’éducation, l’emploi. Ces casseurs de la démocratie sociale voulaient nous vendre une loi Travail pour la jeunesse, pour l’emploi, pour notre avenir. Mais la jeunesse, les privé.e.s d’emploi, les précaires et les salarié.e.s ont compris que cette réforme, comme toute réforme des néolibéraux socialistes, est synonyme de régression sociale. Malgré trois mois de matraquage politico-médiatique et de matraquage policier, plus de 6 français sur 10 restent opposés à cette loi inique. Contre les interdictions de manifester, contre la loi Travail, manifestons plus que jamais, plus nombreux encore ! Engageons-nous dans les luttes pour la défense de nos droits !

 

Pascal Maillard

 

 

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